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LA GRANDE DEFAITE - 1870-1871 – ALAIN GOUTTMAN :

La défaite française de 1870 précipita la chute du second Empire, déclencha la Commune de Paris et s’inscrivit dans l’histoire de France comme un traumatisme  durable.  Dans son ouvrage “La grande défaite” Alain Gouttman nous propose une analyse renouvelée de ce tragique évènement de notre histoire nationale.  Sa thèse envisage évidemment la montée en puissance de l’Allemagne sous l’égide de Bismarck qui fut pendant quelques mois ambassadeur à Paris mais l’historien va plus loin en nous proposant une vision approfondie en unissant des évènements trop souvent étudiés de manière disparate. Sa vision du conflit est totale et va bien au delà du seul affrontement franco-allemand.

Cette impressionnante compilation historique portée par une très belle plume oriente le lecteur vers des hypothèses novatrices qui tiennent autant compte de la grande histoire que de la science politique.  On ne peut par ailleurs se priver du plaisir de beaux passages de littérature fort stendhaliens où Gouttman unit dans un élan ébouriffant  l’histoire et le grand style. Comme ce remarquable portrait de Bismarck revenant en France après la victoire allemande  “Moins de dix ans plus tard, il devait y reparaître, mais en ange exterminateur, botté, casqué, son long manteau blanc de cuirassier tombant sur ses éperons, réclamant de faire défiler sur les Champs-Elysées, à titre de “récompense”, l’armée prussienne victorieuse.” Et plus loin à propos du rapport de Bismarck à la France et  du rôle qu’il joua dans notre destin national : “ Ce pays qu’il avait jalousé jusqu’à la détestation, ce peuple dans lequel il affectait de ne voir que “trente millions de nègres serviles”, cet empereur qu’il avait un jour en 1864, qualifié de “grande incapacité méconnue”, tout cela avait plié devant une seule et unique volonté : la sienne. Mise au service d’une ambition qui était celle de toute sa vie publique : l’union de l’Allemagne sous la houlette de la Prusse. Mais l’Europe entière n’avait-elle pas plié de même ?  Pour la France, il fut l’homme du destin.”  Il est vrai que Napoléon III ne pesait pas lourd face à ce monstre militaire et politique.  Bismarck c’est le moment où l’Europe se met à l’heure allemande.

Mais Gouttman ne se contente pas de la montée de la puissance allemande pour expliquer l’effondrement français. Il voit surtout dans cette défaite le révélateur des déchirures politiques qui minent la société française depuis la révolution et qui trouve son acmé dans la commune de Paris.  Opposition souvent sans compromis en une gauche idéaliste et révolutionnaire et une droite profondément conservatrice.  Gouttman voit d’ailleurs dans la défaite de 1940 le prolongement de cette guerre intérieure qui favorise celle  des champs de bataille.

Il faut absolument lire “La grande défaite” qui comme tous les grand livres d’histoire ne se limite pas à l’évènement lui même mais en explore les causes profondes et s’intéresse aux développements qui suivront.  Il ne fait pas de doute que cette synthèse va devenir une référence tant dans le domaine historique que dans celui de la science politique.

JULIEN MELVILLE

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