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CHARLES LE TEMERAIRE de GEORGES MINOIS :

Georges Minois nous propose un passionnant “Charles le Téméraire” aux éditions Perrin.  S'intéresser à l’histoire du  duché de Bourgogne c’est aussi tenter de saisir l’une des étapes clefs qui permirent au royaume de France de se construire. Beaucoup le savent, la fin de Charles le Téméraire sous les remparts de Nancy  met un point final à l’existence du Duché de Bourgogne né de la Lotharingie, l’un des 3 royaumes nés de la division de l’Empire de Charlemagne. La Lotharingie, située entre la Francia occidentalis de Charles le Chauve et à l’Est le royaume de Louis le Germanique, ne va pas tarder à éclater. Parmi les morceaux issus de ce démembrement, on relève l’apparition des deux Bourgognes : la Bourgogne cisjurane, du Jura à la Saône et la Bourgogne transjurane, à l’Ouest de la Saône.  Le second deviendra le duché de Bourgogne, composé des comtés de Beaune, Avallon, Dijon, Chalon, Auxois et Lassois.

   Les deux Bourgognes connaissent dès lors un destin parallèle, parfois unies, parfois séparées, au gré des fluctuations politiques et matrimoniales. Une première apogée est atteinte dans la première moitié du XIV eme siècle, lorsque le duc Eude IV (1315-1349) réunit le duché, le comté de Bourgogne, le comté d’Artois et celui de Boulogne. L’objectif politique des ducs de Bourgogne est tout tracé : mettre la main sur les régions intermédiaires entre les deux régions afin de relier la Flandre et la Bourgogne.

   C’est une oeuvre de longue haleine  à laquelle  Philippe le Hardi l’arrière grand père de Charles le Téméraire contribuera fortement en épousant une jeune héritière de dix neuf ans : Marguerite de Male. Il peut dès lors adjoindre à son territoire les châtellenies de Lille, Douai, Orchie et les Comtés de Flandres, Artois, Nevers, Rethel et Franche Comté. Puis il achète le comté de Charolais et d’Armagnac. A la mort de Philippe le Hardi le duché étend ses tentacules vers la Bavière,  la maison d’Auriche, de Luxembourg et de Savoie.  Déjà les deux Bourgogne ne représentent plus que 12 % du territoire.  Mais le territoire est hétérogène.

    Succède à Philippe le Hardi Jean sans Peur qui devient un prince flamand plus que Bourguignon mais qui est assassiné sur le pont de Montereau par les hommes du dauphin, le futur Charles VII.  Il a ajouté entre temps l’Auxerrois, le Maconnais, le comté de Boulogne, le comté de Tonnerre, la coseigneurie de Besançon.

   Le fils de Jean sans Peur, Philippe le Bon  - le père de Charles le Téméraire - va régner pendant un demi-siècle sur le  Duché. Il poursuit la politique expansionniste de ses prédécesseurs du côté du Saint Empire. Il rachète le comté de Namur, il acquiert Bruxelles, le comté Ponthieu, Saint Valery-sur-Somme, Abbeville.  Il a aussi collaboré avec les Anglais pour éliminer Jeanne d’Arc. Mais l’influence anglaise décroît et Philippe se rapproche finalement de l’assassin de son père : Charles VII. C’est un fin politique et il sait séparer ses émotions des choix politiques pour assurer la pérennité de l’immense territoire que constitue désormais le duché  et assurer à son fils Charles un solide héritage. Pourtant  il ne se doute pas que son héritier sera le dernier de la dynastie régnante.

  Car comme le montre page après page Georges Minois, Charles a été une étoile filante et de plus une étoile noire. Il va, en une décennie, anéantir un siècle de patients efforts en faveur du duché. Né en 1433 il meurt en 1477 sans avoir ajouté quoi que ce soit à l’oeuvre de ses prédécesseurs. Son tempérament émotif et son personnage indéniablement antipathique ne jouent pas en sa faveur. Sa violence sanguinaire révulse. Son ambition démesurée, son orgueil, son arrogance et sa haine des bourgeois en font un souverain méprisé par son peuple. Il l’a dit lui même : “Je préfère être craint que méprisé” et c’est en effet par la crainte et la terreur qu’il régna. Mélancolique, dépressif Charles le Téméraire est sur la fin suicidaire. 

  L’historien montre avec acuité que celui qu’on surnomma “Le Téméraire” ne disposait pas des qualités nécessaires pour réaliser ses ambitions expansionnistes. Il était bon administrateur et aurait certainement fait un excellent technocrate mais sur le terrain il perd vite le contact avec la réalité.  C’est un général au dessous du médiocre : trois batailles, trois déroutes !  Mais ce que démontre  Georges Minois c’est qu’au delà de la personnalité instable du dernier des ducs de Bourgogne sa mission était en vérité impossible : l’Etat bourguignon n’était pas viable. A cheval sur le monde germanique et le monde français, cet agrégat était trop disparate pour constituer un modèle politique cohérent. Ses prédécesseurs avait profité des faiblesses du royaume de France et du jeu des alliances. Charles sera le liquidateur  d’un duché voué un jour ou l’autre au démantèlement.  La personnalité du “Téméraire” n’a fait que précipiter une catastrophe annoncée. 

   L’ouvrage de Minois a le mérite de mettre en évidence l’un des moments clefs  de la fin d’une féodalité directement issue du Moyen-âge au profit d’un royaume de France qui annonce  une nouvelle forme de modernité étatique. 

BERTRAND JULLIEN

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