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VICTOR-EMMANUEL III : UN ROI FACE A MUSSOLINI de Frédéric LE MOAL :

On oublie souvent que l’Italie a été une monarchie jusqu’en 1946. Mussolini a fait oublier Victor-Emmanuel III qui régna sur la péninsule italienne de 1900 à 1946. 

D’un physique particulièrement ingrat, d’un tempérament taciturne, détestant l’apparat, il fut un souverain discret pour ne pas dire invisible, éclipsé dès les années vingt par le flamboyant créateur du parti fasciste.

Frédéric Le Moal a sous titré son Victor-Emmanuel III : “Un roi face à Mussolini”. Face à face au désavantage du premier même si les deux hommes furent mis successivement hors jeu de l’histoire à quelques mois de distance.  L’historien nous propose le portrait d’un homme auquel le destin s’imposa et qui tenta de sauver la monarchie sans y parvenir.  Arrivé au pouvoir à la mort de son père Humbert Ier assassiné par des anachistes, il surmontera  ce premier traumatisme  mais devra  en assumer un second : celui de monter immédiatement sur le trône. Il écrit : “Que Dieu m’aide, que l’amour de mon peuple me console, afin que je puisse consacrer tous mes soins de roi  à la garde de la liberté et à la défense de la monarchie,  toute deux liées par un indissoluble lien aux intérêts suprêmes de la patrie !” Dieu, le peuple, la monarchie, la patrie : rien ne manque à cette proclamation traditionnelle.

En Europe Victor-Emmanuel  se montrera rapidement habile tacticien sur le plan européen : il contribue ainsi à placer son pays à équidistance de la Triplice et de la Triple Entente, ces deux alliances qui fracturent l’Europe à la veille de la Grande Guerre. Sa réputation de souverain rusé, désormais incontournable sur l’échiquier diplomatique s’impose auprès des chancelleries.  Le roi  est un homme rationnel, attaché à la discipline et soucieux de bien faire . Sa vie est réglé comme une horloge et son quotidien est sans fantaisie. Il se réveille chaque jour à 5h30. Il se rase lui-même, en prenant la précaution de faire couler l’eau le plus doucement possible afin de ne pas réveiller son domestique.

 Victor-Emmanuel et son épouse Hélène forment un couple uni et fidèle, le seul que la monarchie italienne connaîtra durant toute son existence. Homme froid et taciturne, le roi éprouve pour son épouse et ses enfants un amour  sincère, même s’il exprime avec sa réserve coutumière. C’est au sein de sa famille qu’il trouve l’apaissement, le calme et la douceur dont il a été privé enfant.

   Il endossera, pendant la première guerre mondiale, l’habit du roi-soldat vit sur le front mais sans se mêler des affaires militaires. Quand l’Italie sort de la guerre en 1918  elle est dans le camp des vainqueurs mais les traités ne lui  sont pas favorables à la conférence de Paris.  De la crise qui en découle va naître le mouvement fasciste qui contribuera à la destabilisation du royaume en entretenant un climat de guerre civile larvée.  Quand Mussolini décide de se alncer à l’assaut du pouvoir, il se heurte à une réalité incontournable : seul le roi peut lui confier la direction du pays. La marche sur Rome va être favorable au Duce, le monarque tranche en sa faveur en 1922 . Pendant toute l’année qui suit, Mussolini use d’une prudence de félin, alternant atteintes au parlementarisme et normalisation du fascisme pour mieux s’emparer de la réalité du pouvoir et installer durablement son parti aux commandes de l’Etat.

 En 1925  quand Mussolini assumera tous les caractères d’un dictateur Victor Emmanuel ne fait rien. En ne chassant pas Mussolini comme un domestique pris la main dans l’argenterie, il le laisse installer un régime nouveau  L’erreur sera fatale à la monarchie. Le fascisme, au lieu d’être absorbé par la monarchie, la contamine…

  De fortes tensions apparaissent entre les deux hommes dans les années 1930, au moment de l’alignement du fascisme sur l’Allemagne nazie.  Mais Victor-Emmanuel ne se mettra jamais en travers dela route de Mussolini et avalisera l’entrée en guerre avec les forces de l’Axe en 1940. C’est seulement en 1943 que le souverain se résigne à destituer le Duce en raison des revers militaires qui s’accumulent.  Ce geste tardif constitue le prélude à la rupture avec Hitler et enclenche une guerre civile qui va ravager le pays jusqu’en 1945.  Victor Emmanuel  III refuse d’abdiquer en faveur de son fils ou de son petit fils ce qui aurait peut être sauvé une monarchie que les connivences avec le régime fasciste a totalement déligitimé.

Il terminera sa vie en Egypte sans avoir pu sauver une monarchie que le fascisme avait terriblement affaibli.  Son plus grand titre de gloire sera aussi son pire chagrin : être le dernier roi d’Italie.

Cette biographie - la première en langue française sur Victor-Emmanuel III - permet au lecteur d’évaluer le règne d’un personnage controversé qui dut affrontrer durant ces 46 années à la tête de la monarchie italienne des circonstances tout à fait exceptionnelles que peu de ses prédécesseurs connurent.

Fut-il  la hauteur de son destin  ? Chacun jugera à la lumière de ces 550 pages. 

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