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« UNE VIE COMME UNE AUTRE » DE DARCY O’BRIEN :

« Une vie comme une autre » un titre assoiffé de simplicité et de réunions familiales paisibles s’assoupissant au rythme de l’horloge. Un titre comme un pied de nez à l’histoire qui suivra. Une histoire qui n’évoquera en rien la douce tranquillité du temps qui s’égrène mais davantage l’intranquillité d’un monde aussi pailleté que désaxé : celui d’un Hollywood de crépuscule qui en dépit des nombreux textes qui lui furent consacrés exerce toujours cette même fascination vénéneuse.

Tout prend racine à « La Casa fiesta » une villa familiale de Malibu dont les locataires ne sont pas des gens ordinaires puisqu’on y croise le Hollywood du muet fait de starlettes opiniâtres, de scénaristes et d’étoiles montantes ou suicidaires. Pour orchestrer ce ballet les parents du narrateur qui forment un duo au charme Fitzgeraldien. Acteur bodybuildé le père chevauche des purs sangs dans les westerns de John Ford, comédienne en vogue la mère fait elle aussi tourner ses frous-frous et les têtes. L’ambiance est joyeuse et électrique tandis que le martini coule à flot et que le vertige sucré est au programme. Une joie de courte durée car l’avènement du cinéma parlant sonne le glas de la fête et c’est alors une saga familiale aux relents de feuilles mortes et de piscines délavées qui s’offre à lire.

Le clap de fin d’un bonheur qui donne le tempo au narrateur pour déployer ce que fut son enfance aussi confuse que ponctuée de rires et d’alcools qui n’enivrent plus. Inévitablement les parents se séparent et c’est  auprès de sa mère sur les hauteurs d’Hollywood qu’il expérimente les coups du sort. De plus en plus titubante, celle-ci instrumentalise les quelques convives encore présents dans son existence et son fils n’échappera pas à sa toile névrotique. Il deviendra le confident sa vie instable et ne lui seront pas épargnés les détails croustillants de ses toquades sexuelles auprès d’un sculpteur russe aussi méconnu que porté sur la bouteille. Lasse de ses déboires et de son propre déclin, celle-ci décidera de s’exiler en Italie pour prendre le pouls de la Dolce Vita laissant notre jeune narrateur livré à une mode de vie tout aussi peu équilibré puisqu’il installera ses quartiers chez son père. Inconsolable de son divorce, le père vit parmi la poussière de ses souvenirs entassés dans des cartons trop lourds et à ses côtés le jeune homme cheminera dans l’âge d’or révolu du cinéma américain. Une expérience où s’inviteront les rêves perdus que le vieil acteur tente de noyer dans la foi. Une initiation mélancolique qui donnera cependant au narrateur l’envie impérieuse de déployer d’autres ailes et de se jeter à corps perdu dans les promesses aussi perverses qu’ingénues faites par les jeunes filles …

Avec ce texte dont on comprend qu’il est largement autobiographique, Darcy O’Brien (1939-1998) fils des comédiens Georges O’Brien et Marguerite Churchill, réussit à l’aide d’une langue vitaminée maîtrisant les détours de l’ironie à nous baptiser de l’eau endiablée de la Cité des Anges. Bien qu’érudit et universitaire reconnu, c’est avec tout l’art d’une narration dépouillée des oripeaux savants qu’il nous invite à musarder à ses côtés dans ce monde tragi-comique. Les descriptions y sont flamboyantes et drolatiques et l’on suit avec délectation les déambulations de ces divas déchues, de ces cœurs à la dérive sanglés dans la soie ou de ces producteurs ventripotents échoués sur des méridiennes tandis que brûlent les palmiers sous le soleil Californien.

Un roman initiatique et désenchanté qui sait éviter l’écueil du désespoir grâce à un habile saupoudrage d’humour et dont on achève la lecture un peu groggy comme lorsque l’on s’extrait d’une longue nuit blanche et que le jour s’invite avec sa promesse d’un renouveau.

ASTRID MANFREDI

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