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CARNET 90 : UNE LIMONADE POUR KAFKA :

Ne serais-je pas prise au piège d’Une limonade pour Kafka, titre potentiellement et cruellement énigmatique ? Rattrapée par les phrases d’un petit carré jaune en forme de livre des éditions de l’Attente qui rassemble les essais d’improvisations critiques de Xavier Person, je me sens au pied du mur. Comment improviser une chronique, quand j’ai la sensation, non de traverser un recueil d’articles, mais une cohérence de pages d’écriture, de vraie écriture de lecteur ?  Moi aussi, cher Xavier Person, je tremble de ne pas savoir lire, de vouloir écrire et de ne pas pouvoir. Je suis tout comme vous bizarrement contaminée par cet étrange mal de ventre récurrent. Je passe de mon petit bureau à la fenêtre, j’allume parfois une bougie, comme si ce rituel allait apporter de la lumière à la confusion de mon esprit. Je n’ai pas en face de moi le parking vide de l’école d’Architecture qui résume si bien votre lecture d’Un test de solitude d’Emmanuel Hocquard, ni de géraniums rouges « pour écrire pour les coquelicots », ni l’excuse d’aller chercher du pain pour vivre avec vos phrases. J’ai tellement été en osmose, tellement dans « la peau de votre écriture » sans oser toutefois me « travestir avec vos sous-vêtements » mais en pouvant réécrire chacune de vos lignes. « Je ne saurai peut-être vraiment lire un livre que lorsque je n’en saurai rien écrire, ou vraiment vivre quand la question d’écrire ne se posera plus ». « Je rêverai comme critique de n’avoir pas à rendre compte des livres que je lis. » Bref, j’aurais à mon tour abandonné toute velléité de chronique à votre endroit si mes carnets littéraires n’étaient point attendus amicalement et que je m’étais fixé le chiffre 100 avant d’arrêter. En votre compagnie, j’aborde le seuil de 90. Je ne peux donc me défiler, ne m’en veuillez point ! A entrer dans vos pages, je me suis sentie « aller droit devant », propulsée dans votre situation de lecteur. Vous ne cherchez pas à écrire « sur » mais à écrire « avec », avec Emmanuel Hocquard, avec Hélène Cixous, avec Paul Celan, avec l’angoisse de ne pas savoir les lire, de ne pas savoir tout dire de votre lecture, de traduire toutes les impressions vives. A ne pas pouvoir écrire « sur », vous écrivez vraiment ce qu’un livre fait de la vie, ou ce que la vie avec les livres fait de la vie, ou ce que lire fait de l’écrire. Je ne sais pas non plus écrire sur les livres, ni même les analyser comme on dit, au fil de ces carnets, je me contente de déposer des traces de lectures et de vie. Combien de fois, ai-je rêvé du livre absolu qui m’aurait sauvée et que j’aurai lu et relu : ne vivre qu’avec lui et ne plus en rien en dire ! Hélas, mes carnets gonflent de tous les livres qui me croisent, me bousculent, me décalent, me médusent, comme vous le dites si justement à propos de la prose d’Hélène Cixous. Certaines prosodies nous happent et vous avez l’humilité de l’avouer. L’esprit critique ne s’endort pas mais il tellement réveillé que décrire cet éveil reviendrait à recopier le livre intégralement. Ce que l’on parvient avec peine à écrire après ces ravissements est si partiel, si mince. Quelle joie que vous ne puissiez écrire en critique et que vous écriviez en auteur qui lit ! C’est grâce à cette incapacité que vous dénoncez, que je suis devenue votre lectrice et que j’ai pu me glisser dans votre rythme, vos pensées, vos rêves, votre peur des chiens, votre vie avec les livres. Je crois que finalement pour paraphraser Celan, l’essentiel est que vous écriviez, écrivez-nous encore que vous lisez « un cri, ou un caillou, ou une griffure, que vous ne cherchez pas à comprendre, que vous lisez ce qui s’écrit quand vient la fin, cette déchirure. » Hélène Cixous a raison : l’écriture quelle qu’en soit la forme peut « sauver la vie, c’est-à-dire l’étoffe d’âme élimée, le bout de chiffon qu’il nous reste. » Mes lambeaux d’étoffe ont aimé être mis en abyme et je fais le pari que de nombreux lecteurs éprouveront la même soif de vos pages et pas seulement pour percer le mystère de la limonade !

MARCELLINE ROUX 

marcelline2.roux@laposte.net-                                           -

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