Après le coefficient écologique, j’en appelle au coefficient culturel !
J’ai fait un rêve : les agences immobilières signalaient en plus du coefficient écologique d’un habitat, le coefficient culturel de la ville dans laquelle se situe le logement. J’avoue vivre dans un endroit de banlieue où la culture est en voie de disparition...Ses habitants, des banlieusards, ne sont pourtant pas tous des promeneurs de chiens « crotteurs » de trottoirs. S’ils sont certes plus barbares que leurs raffinés voisins parisiens, les banlieusards aspirent parfois à trouver quelques nourritures culturelles. Que feraient les responsables politiques de cette ville, tant soucieux de céder le moindre bout de terrain aux promoteurs, s’ils voyaient afficher aux yeux de tous, et plus particulièrement, à ceux des futurs acheteurs le coefficient « bien-être culturel » ? Dans cette ville de banlieue sud, tous les logements seraient en zone rouge, non en résonnance avec l’engagement à gauche de l’équipe municipale , mais à cause de la disparition organisée de toutes perspectives culturelles.
Etablissons un bref diagnostic pour fixer le coefficient de cet endroit : une librairie fermée, même coincée entre Leader Price et un magasin de nourriture pour chiens, elle permettait le dimanche de flâner dans un espace de civilisation et bizarrement, nous y venions nombreux. En centre-ville, nous déambulons entre coiffeurs, kebab, agences immobilières et banques pour égayer notre esprit...et nous gardons les yeux sur les pavés crottés et creusés par de nombreux nids de poule, de toute façon, vous me direz, il n’y a rien d’autre à voir... Si nous poussons nos pas plus loin, nous ne trouvons pas de parc où mener nos garnements se dégourdir les jambes ou pour reposer notre âme en dialoguant avec quelques arbres. Tout espace laissé libre est mis en construction. Nous trouvons certes un théâtre, ou les prochaines ruines de ce que fût un théâtre : les décideurs ont décidé d’y faire des travaux pour louer les salles de répétitions à des entreprises privées, exit le restaurant d’insertion, exit l’Ecole de théâtre qui formait des jeunes. « Tout cela ne sert à rien », d’après ces hommes responsables. Sur l’autel de la rentabilité, inutile aussi d’offrir à la médiathèque et au conservatoire municipaux, du personnel et des budgets adaptés. J’ai rêvé voir afficher cette dégradation culturelle et que les futurs postulants à loger ici, et ils seront nombreux, vu le nombre de constructions, sachent que venir dans cette ville c’est renoncer, pour eux et pour leurs enfants, à une grande part d’humanité.
Le coefficient culturel clairement indiqué, provoquerait peut-être une stimulation entre les villes en matière de politique culturelle. Je rêve de voir certains maires rivaliser d’esprit, d’initiatives, d’audaces pour pérenniser leur développement culturel. Quand on sait que les budgets affectés à la culture ne sont jamais que quelques malheureux pour cent d’un budget global, cela ne mettrait pas en péril la dette publique. Les habitants pourraient même participer à l’impôt local quand des maires leur offriraient des ouvertures culturelles publiques, exigeantes, diversifiées et de qualité, mais être dédommagés d’impôts quand le coefficient culturel est en déclin.
Ce n’est qu’un rêve…
Cette ville de banlieue sud où je demeure, offrait encore, à mon arrivée, un réel sens du bien-être culturel : un Centre Dramatique National, une médiathèque pourvue d’une riche programmation, un conservatoire, programmant de nombreux concerts gratuits, et nombre de services publics de qualité. Mais cela ne sert à rien, d’après ces hommes remarquables, mieux vaut empiler les gens les uns sur les autres, les laisser devant leurs écrans, leur donner pour toute perspective : Babou et Casa...cela fait des consommateurs...des gens facilement manipulables, achetables aux prochaines élections.
Est-ce ainsi que les hommes vivent ?
Quiz : avez-vous trouvé où j’habite ?
Je retourne à mes carnets de lecture, un espace que je peux protéger…