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MURAT, LA SOLITUDE DU CAVALIER de Vincent HAEGELE :

Qui peut mieux que le maréchal Joachim Murat incarner l’idéal romantique de l’épopée napoléonienne ? La trajectoire de Murat fut en effet indéfectiblement liée à celle de Bonaparte dès la campagne d’Italie jusqu’à la couronne royale de Naples. L’historien Vincent Haegele nous propose dans son dernier ouvrage “Murat – La solitude du cavalier” de revisiter le parcours de cet homme épris de gloire et tissé de contradictions.  Le petit Joachim Murat est issu d’une lignée du village de la Bastide Fortunière dans les  Causses du Quercy. Il nait le 25 mars 1767. Il est le petit dernier de la famille et près de 20 ans le séparent de sa soeur aînée. Ses parents sont aubergistes.

  Plus tard Joachim Murat côtoie les fils de la petite aristocratie de province et ceux des bourgeois et artisans de Cahors au sein du collège royal.  Contre Montauban, populeuse et autoritaire, Cahors fait valoir un commerce et une prospérité fragiles.

   Le jeune Murat découvre bientôt Toulouse en entrant au séminaire, il y acquiert de nombreuses qualités oratoires et intellectuelles, à défaut d’une morale solide. Mais le jeune abbé Murat se décide le 23 février 1787 à rompre tout lien avec le milieu religieux pour rejoindre le régiment des chasseurs des Ardennes, de passage à Toulouse et où il gagne rapidement le grade de Maréchal des logis en raison de ses prouesses de cavalier.  Mais il est bientôt renvoyé de son cantonnement pour indiscipline. Il ne pourra réintégrer son régiment qu’en 1791. 

Devenu chef d’escadron il fera partie, le 20 mai 1795, des troupes qui participèrent à la canonnade dirigée par Bonaparte  qui réduisit les émeutiers aux alentours de l’église Saint Roch.

Pendant la période du Directoire les promotions s’accumulent et les campagnes militaires prennent le pas sur la politique.  L’armée gagne en puissance. Les victoires aidant, les généraux, si longtemps décriés deviennent des figures importantes et connues.

   Après une décennie de déceptions et de tentatives de réécriture d’une imparfaite constitution, tentatives combattues et finalement emportées, le projet du général Bonaparte, plus heureux que tous ses concurrents et bénéficiant du soutien de certains révolutionnaires historiques, comme Sieyès, s’impose comme la seule alternative à une inévitable restauration de la monarchie des Bourbons. Il faudra évidemment le coup d’état du 18 Brumaire.

   Murat va pleinement profiter de la situation car après s’être personnellement investi dans le processus du 18 Brumaire, et avoir épousé Caroline Bonaparte, c’est en tant que général qu’il livre à ses compatriotes cadurciens le compte-rendu des évènements survenus à Paris. Il conclut : “ L’aurore du bonheur luit enfin pour la France, la constitution vient d’être achevée.”

Mais Murat est avant tout un militaire. . Devenu officier dès 1792, il va assister de l’intérieur à la désintégration de l’armée royale puis à sa mutation en une armée conquérante.

   La cavalerie de Napoléon Bonaparte, mise en place à partir de l’année 1800, a bénéficié de l’intense travail scientifique réalisé au cours de ces années précédentes parfois à l’aveuglette, parfois mûrement réfléchi et mis en équation. La bataille de Marengo souligne l’attention que Bonaparte porte à l’organisation du corps de la cavalerie.

  Le cavalier Murat est un fidèle parmi les fidèles mais si l’instinct de la gloire le pousse à réaliser des prouesses sur les champs de batailles, la thèse de Vincent Haegele est que son évolution politique le pousse à trahir progressivement Napoléon.  Il est intéressant de suivre pas à pas l’examen que l’historien fait des décisions  et des retournements qui caractérisèrent l’oeuvre militaire et politique de Murat.  Complexité d’un personnage qui ne laisse pas de nous interroger dans sa conduite face aux évènements auxquels il participe.

   Son nom est autant attaché à la charge d’Eylau qu’à l’écrasement brutal des madrilènes soulevés pour défendre leur indépendance nationale ; à la Moskowa qu’à son ralliement final aux Alliés. Haegele ne cherche pas à salir la statue de Murat il veut simplement en montrer aussi la part d’ombre.  Reste qu’au terme de l’ouvrage on reste fasciné par ce personnage aussi doué pour la fidélité que pour la traîtrise. A bien des égards, Murat semble plus traverser l’histoire qu’il ne l’a fait, bien qu’à plusieurs moment il lui soit donné d’intervenir sur son cours : le jour du 18 Brumaire, il est le poing armé de Bonaparte, qu’il servira avec fidélité jusqu’au moment où il lui faudra décider de son propre destin de souverain.

   Reste que l’élément clé de l’ouvrage de Vincent Haegele  est la cavalerie. Murat est, outre ce cavalier admiré et craint, le produit d’une instruction militaire effectuée au hasard des évènements et non sur les bancs des prytanées de l’Ancien Régime, comme bon nombre de ses collègues.

Ce cavalier de son temps est enfin un grand et infatigable voyageur ; accompagner Murat dans ses chevauchées, c’est traverser l’Europe, voir le monde se former et se reformer.  Ces voyages trahissent également la fébrilité d’une organisation qui ne repose que sur quelques volontés fortes et les hésitations d’un système dont l’extension géographique finit par provoquer sa perte.

Un ouvrage indispensable pour ceux qui veulent comprendre la complexité de l’épopée napoléonienne. 

BERTRAND JULLIEN

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