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MACHIAVEL de Jean-Yves BORIAUD :

 Tout le monde connaît le portrait  anonyme de Nicolas Machiavel  du musée des Offices de Florence.  Si on ignore quel peintre réalisa ce tableau reconnaissons que sans ce portrait nous ignorerions à quoi ressemblait Niccolo Machiavelli. D’ailleurs nombreux sont ceux qui ignorent presque tout du personnage alors même qu’ils utilisent l’adjectif « machiavélique » dès lors qu’il veulent parler  d’attitude cynique ou peu morale.  Mais qui était vraiment l’auteur  du bref traité  intitulé « Le Prince » ?

 Ce florentin du début du XVIeme siècle qui fut au service des Medicis écrivit  outre « Le Prince » un « Art de la guerre » qui renouvelait la doctrine militaire de son époque.

D’où vient que les analyses politiques de ce fonctionnaires de second rang lui valurent, dès son époque, une aura – sulfureuse – d’envergure européenne ?

L’œuvre de Machiavel trouva immédiatement  des détracteurs. Dès 1576, l’ouvrage du huguenot Innocent Gentillet, à l’origine d’une longue tradition de contresens sur la pensée politique de Machiavel, mais il y en eut bien d’autre, tout aussi polémiques mais plus constructives sur le modèle de l’Education du Prince chretien d’Erasme conçue comme un ouvrage optimiste sur la nature humaine et donc, par essense, « anti machiavélien ».  En vérité, Machiavel eut le malheur d’être pris d’emblée dans un débat , à l’intérieur même de l’humanisme, entre théoriciens purs, comme Erasme qui sut prendre des risques en matière de théologie mais resta jusqu’au bout homme de cabinet, et praticiens comme Jean Bodin,  l’auteur de la fameuse République , qui durent s’adapter au contexte militaire effroyable qui accompagna la Renaissance des lettres et des arts en Europe. Les uns furent, en dépit de l’âpreté des temps d’incorrigibles optimistes, affirmant contre vents et marées leur foi en la naturelle bonté de l’être humain, les autres de Machiavel à Hobbes, fondant leurs idées et systèmes sur sa  méchanceté rédhibitoire et éprouvé.

   Jean-Yves Boriaud  nous propose une exploration historique qui explique comment les réflexions d’un diplomate subalterne, dans une République de 50 000 habitants avaient pu gagner assez d’universalité pour renouveler une science politique plusieurs fois millénaire. Ou comment les convulsions qui agitaient l’Italie du Nord médiévale puis péniblement renaissante avaient pu susciter pareilles  analyses, que la postérité tiendrait pour définitivement iconoclastes. L’œuvre de Machiavel marquait en effet une impardonnable rupture avec des schémas politiques formulés par l’Antiquité et repensés par le Moyen Âge, et dont la Renaissance érudite avait fourni une mouture modernisée.  L’historien pour tenter de comprendre l’origine et la profondeur de cette rupture, se penche sur les circonstances, humaines et historique, qui permirent l’éclosion du « génie de Machiavel ».

   Le florentin sut remarquablement adapter sa pensée aux circonstances. Il conçut l’Etat comme une œuvre d’art et donna un terrible coup d’épée qui tailla une réelle brèche dans les cadres christianisants qui corsetaient jusque là la pensée politique. Il eut le mérite de rendre l’homme responsable de son propre destin politique, et de lui prouver sa liberté en évitant de poser les problèmes en termes d’absolu : interroger l’histoire, historiser le présent, c’était lui montrer que des solutions existaient à sa portée.

   Machiavel ne se contenta pas de dévoiler les réalités, de répéter que l’horizon, désormais, c’était la guerre permanente, que l’irénisme chrétien n’était plus à la mode et qu’il fallait réagir aux situations en termes militaires. Il élabora un réseau d’idées qui l’amena à de fructueuses utopies, genre noble à la Renaissance, après des siècles noirs où l’idée que l’on se faisait de l’homme, à la nature viciée par le péché originel, n’était guère plus optimiste.

 

Ce « Machiavel » de Jean-Yves Boriaud apporte une lumière nouvelle sur ce florentin  défenseur de l’efficacité plutôt que de la morale  mais amoureux des auteurs antiques que son siècle et les suivants récompensèrent fort mal. Jean-Yves Boriaud a le mérite  de  redonner à Machiavel la place qui lui revient dans la pensée occidentale en  s’intéressant  aux temps forts mais aussi aux périodes de répudiation et de retrait d’une existence immergée dans une époque complexe et pleine de dangers. Une œuvre forte pour connaître enfin Niccolo Machiavelli. 

BERTRAND JULLIEN

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