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CARNET 91 : MOUFLETTE EN BLOUDJINNZE :

Refiler le virus de la lecture à de jeunes gens est un défi des plus réjouissants. Il vaut mieux, c’est certain, les avoir plongés tout petit dans la marmite des mots mais rien n’est jamais acquis en la matière et les piqûres de rappel sont nécessaires surtout quand les gaillards entament joyeusement l’adolescence. J’accueillais pour deux jours un garçon de 12 ans et j’allais pouvoir mettre en pratique le pouvoir des livres. Il faut dire que celui-là est un dévoreur de pages, c’était presque du gâteau, à condition de ne point lâcher face aux sollicitations multiples. Il fallait tout-à-la fois mêler l’art de la trottinette free style et l’art de tourner les pages et surtout dénicher le texte que nous aurions plaisir à lire ensemble lors d’une visite à Paris.  Je n’ai pas eu à traîner longtemps dans les rayons des bibliothèques pour dénicher l’oiseau rare : Zazie dans le métro était le roman de la situation. Ce que j’avais oublié à moins que le film de Louis Malle n’ait quelque peu censuré l’histoire, il me faudra vérifier en le revoyant, c’est que Queneau n’y va pas de main morte. Sous l’humour, la plume est acide pour les adultes. Les expressions de Zazie, ses inoubliables « mon cul », les doukipudonktan, les essprés, les aboujplu jusqu’aux inusables bloudjinnzes, sont de joyeuses mises en bouche que savoure avec délice un ado qui lit à voix haute dans le rer. Ce qui se trame toutefois derrière l’inventivité langagière n’est pas ragoûtant. Il n’est pas joli, joli le monde des adultes qui entoure la Zazie. L’oncle qui se travestit la nuit est loin d’être l’énergumène le plus problématique. C’est même le plus tendre et la mère ne s’y est pas trompée en lui confiant sa mouflette. Le casting n’est pas brillant : le père de Zazie tué d’un coup de hache par la mère quand il tentait de violer sa fille, des messieu doués en paroles déplacées et en gestes zozés, qui traitent  facilement la gamine de salope. On se demande d’ailleurs qui détient la palme du plus salaud. Il faut bien avouer que la Zazie a bien raison de fuguer et de ne pas s’en laisser conter. Elle a pas mal de fil à retordre et elle en joue pour notre plus grand plaisir, roulant les satyres potentiels dans la farine. Queneau ne tombe jamais dans le piège de la bien-pensance : pas d’eau de rose mais aspersion générale avec Barbouze de chez Fior quand cela ne sent pas très bon chez les humains. Quand une foule sous prétexte de venir en aide à l’enfant aime se repaître de détails salaces, quand la mère se débarrasse de Zazie pour aller voir son nouveau Jules, quand l’oncle préfère dormir que de courir chercher sa nièce fugueuse, on ne peut pas dire que nous plongeons chez Walt Disney. Pas de manichéisme, tout est joyeuse affaire de langage, quitte à appuyer là où cela fait mal. La gouaille de la loupiote cloue plus d’un bec, elle ne se laissera pas manger toute crue. Elle a l’énergie de ses expressions et c’est un régal de suivre son rythme effréné dans les rues de Paris : mon adolescent n’était pas en reste. Queneau a finalement en 1959 recréé une alice zazoue et zigzagante, mêlant tout à la fois, le caractère d’un bon petit diable, d’une Fifi Brindassier, ou d’un pied nickelé, version fille, qui n’a pas froid aux yeux face aux grands méchants loups. Tous ces personnages n’avaient déjà pas leur langue dans leur poche mais avec Queneau, la langue pétille tellement qu’elle vole la vedette : langue parlée, langue inventive, facétieuse, arme fatale, arme qui sauve. Je me demande si Gallimard publierait encore un texte de cet acabit dans sa collection folio junior si un auteur inconnu le lui soumettait. Je ne le crois pas : notre puritanisme est bien plus fort que notre rejet de la violence guerrière. Je connais un certain David Dumortier, auteur contemporain, qui, il y a peu de temps, était sommé de s’expliquer pour moins que cela. Mon ado de passage a quant à lui était ravi de ruminer la langue de Queneau et s’en est reparti avec quelques répliques sous le bras. Après tout, s’il colochausse la Zazie, il aura dans sa valise quelques répliques pour ne pas s’en faire raconter par les loufiats.

 

Zazie dans le métro / Raymond Queneau / Folio Junior

MARCELLINE ROUX 

marcelline2.roux@laposte.net-                                           -

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