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KENTUCKY SONG de HOLLY GODDARD JONES :

 On avait découvert en 2013 avec bonheur le recueil de nouvelles d’Holly Goddard Jones intitulé “Une fille bien”; succession de portraits au coeur d’une cité ordinaire du Kentucky. Déjà la plume de la jeune américaine avait fait forte impression. Son recueil de 8 nouvelles nous plongea dans une Amérique où se croisaient le grand fleuve de l’ennui et la rivière de la frustration. Chacune des nouvelles avait pour théâtre la petite ville de Roma dans le Kentucky : Une de ces villes tellement petites et insignifiantes que ses adolescents devaient inventer de fausses rivalités juste pour avoir quelque chose à faire.” Tout le talent d’Holly Goddart Jones tient dans la justesse d’une écriture qui narre les petits faits caractérisant des vies qui naissent et meurent si loin du vaste monde. 

Avec « Kentucky Song » Holly Goddard Jones réussi avec panache son passage au roman. Près de 500 pages d’une prose âpre et profonde  - notons l’indéniable qualité de la traduction - qui  nous entraine de nouveau dans cette ville de Roma qui devient la terre littéraire de Goddard Jones.  A nouveau ce goût  prononcé pour des personnages portraités dans l’épaisseur d’existences dénuées de fantaisie et se nourrissant de petits évènements sans grande importance. La grande histoire se passe très loin de Roma. Mais le talent d’Holly Goddard Jones  tient justement dans sa capacité à faire surgir l’improbable, l’événement qui va plonger la petite communauté des personnages de son roman dans le désarroi et la surprise.  Cet événement c’est l’étrange disparition de Ronnie Eastman, jeune fille  aimant faire la fête et collectionnant les aventures.  Sa sœur Susanna  dont la vie sans relief est aux antipodes de celle de Ronnie est la première touchée par cette disparition.  Bonne épouse, bonne mère de famille, elle a toujours envié la liberté que s’octroyait sa sœur. Elle est l’archétype des existences qui s’effilochent doucement au cœur d’une ville où personne ne passe jamais.

 Tony le flic noir qui fut autrefois star de base-ball voit lui aussi sa vie bouleversée par cette disparition.  « Il avait commencé à jouer pour l’équipe de base-ball du lycée quand il était en cinquième, après des années d’ennui en petite ligue, et il avait conduits les Cats à la victoire lors de trois championnats d’Etats consécutifs, grâce surtout à son puissant swing de gaucher. Il était talentueux et poli, seul gamin noir de l’équipe. Des gens comme le père de Susanna disaient : « Il y a des Noirs et il y a des nègres, lui est noir. » C’était le plus beau compliment qu’ils pouvaient lui faire. »

Il y a aussi la petite Emilie, à peine treize ans et qui trimballe un sacré secret pour une gamine de son âge.  N’oublions pas Wyatt un ouvrier tourmenté  à la croisée des chemins. « Mère et père morts. Pas  de frère ni de sœurs. Pas d’amis. Il traversa mentalement les pièces de sa maison vide en se demandant comment il avait pu y vivre si paisiblement si heureux, même, pendant toutes ces années, et quelles illusions il avait nourries. Le lit à deux places avec le creux au milieu du matelas. La poêle en fonte, la graisse de la saucisse de la veille, figée, avec un reflet cireux.  Sa rangée impeccable de casquettes de base-ball sur l’étagère de son placard. Boss qui ne l’attendait plus à la porte de derrière quand son pick-up s’engageait chaque soir dans l’allée. » 

Tous ces personnages vont voir  leur destin basculer.  La vérité  sur la disparition de Ronnie finira par émerger mais aussi celle  qui est liée à leur propre existence.

Holly Goddard Jones nous propose un magnifique roman noir  servit par un style qui tire sa quintessence  de l’Amérique profonde.  On attendrait une telle densité  littéraire chez les jeunes écrivains français qui décidement ne pèsent pas lourd face  à cette trentenaire surdouée qui conjugue profondeur psychologique, peinture sociale et  sobriété du style.  Goddard Jones devait faire partie de ces gamines silencieuses qui ne pipent mot mais à qui rien n’échappe de la réalité qui les entourent.  Cette chanson du Kentucky n’a rien d’une bleuette, c’est une rude ballade aux accords sombres qui racontent des destins égarés qui cherchent leur chemin sur des routes poussiéreuses où la signalisation  a disparu.  Holly Goddard Jones soigne les petits détails avec une minutie  qui nous fait entrer dans la complexité d’individus dont la vie est celle de millions d’américains dont personne ne parlera jamais.

« Kentucky Song » est un grand roman qui a l’apparence de la simplicité. Il affirme un nom de la littérature nord américaine avec lequel il faudra désormais compter. 

ARCHIBALD PLOOM

 © Culture-Chronique --                                                

- -      Commander KENTUCKY SONG 

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