Partager cette chronique:
La librairie.com Amazon Babelio Decitre Fnac Nolim Sauramps Mollat La Procure Ombres blanches
UN VOYAGE À BERLIN de Hugo HAMILTON :


Un voyage, oui, mais à Berlin. Un voyage, oui, mais aux côtés de Liam l’homme de lettres et d’Una la romancière irlandaise. Et visiter une ville telle que Berlin aux-côtés d’une femme telle qu’Una sera pour celui qui l’accompagne l’occasion d’endosser le rôle de Sherpa des souvenirs. Souvenirs d’une capitale allemande écrasée d’histoire, mais aussi mémoires d’une femme de plume qui conféra à chaque ville qu’elle étreignit une dimension singulière.

Berlin et son église éventrée par les bombes. Berlin et ses fragments de mur comme autant de fractures entre les hommes. Berlin et son mémorial de la Shoah comme autant de stèles dressées contre la confusion d’un régime qui perdit la raison. Le temps d’un printemps berlinois Liam le narrateur de cette pérégrination pousse le fauteuil roulant d’Una. Atteinte d’un cancer en phase terminale, elle sait qu’elle ne reverra plus cette ville et que ce voyage sera son dernier. Pour garder vivace le souvenir de son amie Liam s’attache à une multitude de petits riens qui fixeront son image. Ses baskets rouges usées dont l’un des deux lacets est cassé. Son sac à main transparent qui laisse filtrer les rayons verts de son intimité. L’un plus solaire lorsque se devinent ses lunettes et son monde de papier et l’autre plus inquiétant lorsque se bousculent sous les trames du plastique de pleines boites de médicaments. Le soir il fait frais à Berlin. Una frissonne. Elle se raconte. Elle dénoue les liens qui obscurcissent les âmes, évoque la nécessité de la solitude pour appeler l’inspiration et enfin sa quête de vérité pour dire son histoire familiale trouble sans laquelle elle ne serait pas devenue cette romancière appelée à comparaître devant le monde. Mais en dépit de la reconnaissance de ses pairs et des jalons d’émancipation qu’elle ne cessa de brandir, c’est une Una blessée et mélancolique qui s’offre à lire. Une détroussée de l’amour, poursuivie par l’image d’un frère cadet marginal dont elle regrette d’avoir pris si peu soin. Entre présence et nonchalance, Liam écoute son amie, encaisse ses états d’âme et ses coups de griffes et finit lui aussi par s’épancher sur ses propres blessures secrètes. Joue contre joue, les yeux mi-clos, ils composent le dernier acte de cet opéra de mots qui scella leur amitié.

Emouvant hommage rendu à la romancière irlandaise Nuala O’Faolain qui fut une intime d’Hugo Hamilton, « Voyage à Berlin » vibre d’une justesse sans affectation et c’est avec une délicatesse teintée de rudesse que l’auteur dessine le cœur en trèfle à quatre feuilles de sa fougueuse amie. Aucun apitoiement entre ces lignes où s’invitent une fine analyse de l’âme humaine et le goût d’une littérature qui encapsule la fragilité des émotions. De ces émotions qui vous poursuivent tant Hugo Hamilton en est un artisan aux mains d’or. Un très beau dernier voyage sur les bords de la Spree.

« Tu n’es plus là où tu étais, mais tu es partout là où je suis. » Victor Hugo

ASTRID MANFREDI

- -       Commander UN VOYAGE A BERLIN

- -       Découvrez les sélections de votre libraire

--  Le blog LAISSEZ PARLER LES FILLES

--  Les chroniques littéraires Culture-Chronique

--  S'inscrire à la Newletter

--  La communauté Facebook CULTURECHRONIQUE 

--  Le twitter CULTURE CHRONIQUE

Partager cette chronique:
Toutes Nos Chroniques
Rechercher par Auteur :