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SOUMISSION de Michel HOUELLEBECQ : DÉTACHEZ-MOI ! :

Ce qu’il y a d’exaltant avec un roman de Michel Houellebecq c’est qu’il y a toujours quelque chose à en dire. En aucun cas sa littérature, dont pourtant le style évoque de plus en plus un palmier déplumé, ne peut laisser le lecteur indifférent. Parce que ses héros désengagés de toute envie et de toute ambition soulèvent la poussière sous le tapis. Parfois cette poussière est respirable et on aspire à se vautrer parmi ce coussin de gris, d’autres fois cette poussière se décompose et devient un poil à gratter déplaisant et répétitif. Et c’est un peu la sensation laissée par ce dernier opus de notre écrivain national aux allures de clochard céleste.

On rit pourtant en lisant ce roman, une fois englouti le premier chapitre gentiment mélancolique où l’auteur exécute quelques génuflexions devant son maître Joris-Karl Huysmans. Oui, Michel Houellebecq est drôle et maîtrise avec brio l’art de la farce. Et c’est revêtu de ce masque qu’il se plait à embrouiller son lecteur et le mène par le bout du nez. Comme à l’accoutumée, il nous ressert son protagoniste désabusé dont l’étendard en berne ne frétille plus guère au contact de prostituées pourtant très jeunes et de bonne volonté. Après la rédaction de sa thèse sur Huysmans, l’ayant consacré Professeur des Universités, le narrateur déambule dans le Paris d’un éternel hiver tant sentimental que politique. Plus grand-chose à espérer, si ce n’est se perdre dans la contemplation des plats préparés et regarder d’un œil las les débats politiques devenus ternes de cette sempiternelle oscillation entre la droite molle et la gauche raplapla. Heureusement un séisme politique va mettre un peu d’harissa dans la tambouille Gauloise. Le séisme en question : un certain Ben Abbes issu d’un Islam modéré dont le sens tactique ne tarde pas à mettre KO les forces politiques en présence. L’occasion pour le narrateur de quelques tirades savoureuses sur les microcosmes universitaires et politico-journalistiques malades de logorrhée vieillissante et convenue. Face à l’avènement aussi imprévu que finalement prévisible de ce gouvernement qui replace la famille au centre de la production et drape la femme dans le voile délectable de la soumission, présage de nuits torrides, le narrateur s’isole encore davantage et décide d’emprunter les voies de son maître à penser. Et s’il partait quêter Dieu, dans cette abbaye où Huysmans vit entre deux bouchées de blanquette de veau apparaître la grâce divine. Bien évidemment beaucoup trop accro au fondement des femmes et à l’alcool fort le narrateur n’y parvient pas. Et il n’a d’ailleurs pas l’intention d’y parvenir, même si la très futée prose de l’auteur peut nous laisser croire le contraire.

De retour dans la capitale, notre boit-sans-soif va peu à peu réaliser que ce gouvernement aux allures d’Empire Romain lui permettra non seulement de récupérer un poste d’Universitaire éminent mais surtout une conversion bien plus attractive que celle à un quelconque prophète : celle relative aux joies de la polygamie, la bien nommée, constitutive de la nature de tout mâle solide et dominant.

Au final une lecture un peu blanche où l’on regrette la beauté crépusculaire de son compagnon de route que fut le désespoir. Cette ancienne tristesse qu’il traînait sur les plages trop ensoleillées de Thaïlande et qu’il sut éclairer de fulgurances à fendre le cœur. La possibilité d’une île est à jamais révolue et avec elle celle de voir refleurir l’énergie sexuelle. Car c’est bien là son éternel drame, celui d’une impuissance de plus en plus vacharde dont il fait payer le prix littéraire aux femmes transformées au fil de sa prose en de tristes confettis de chair insatisfaisante et ce malgré les talents de certaines pour entreprendre sa libido. En cause l’Histoire d’O qu’elles ne content plus aux hommes à force de soutiens gorges arrachés et que seul un gouvernement  prônant  le retour d’un érotisme féminin archaïque pourrait relancer.

La conversion en question n’aura donc pas lieu car elle ne demeure que celle d’un homme hanté par le sacré d’une chair féminine qui se dérobe. Une sublime phrase à retenir néanmoins de cette « Soumission »: la nostalgie n’a rien d’un sentiment esthétique, elle n’est même pas liée non plus au souvenir d’un bonheur, on est nostalgique d’un endroit simplement parce qu’on y a vécu, bien ou mal peu importe, le passé est toujours beau, et le futur aussi d’ailleurs. Il n’y a que le présent qui fasse mal, qu’on transporte avec soi comme un abcès de souffrance qui vous accompagne entre deux infinis de bonheur paisible.

ASTRID MANFREDI

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