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EN FUGUE de William NAVARRETE :

Les ouvrages de l’écrivain cubain William Navarrete allient toujours plaisir de la lecture et de la découverte. Navarrete, qui est aussi critique d’art, nous avait surpris avec son premier roman paru en 2012 à la fois nostalgique et drôle intitulé La danse des millions. Il avait ensuite fait paraître un très beau Dictionnaire insolite de Cuba plein d’esprit et d’inventivité.

Avec en En Fugue il revient au roman.  Là encore Cuba est en toile de fond, ce pays que veulent quitter une mère et son fils, ce pays dévoyé et corrompu et qui semble s’être retiré au fond de leur âme comme l’océan aux marées d’équinoxe.

   Les êtres vivent dans le paradoxe permanent, celui de quitter un pays qu’ils aiment profondément. “ La folie guide chacun de nos pas.  C’est une chance qu’elle nous reste fidèle. Ici, on étudie pour s’occuper. L’université fait gagner du temps en attendant de trouver par quel moyen on va bien pouvoir franchir ce mur d’eau…”

 En Fugue” est le roman d’un arrachement à la terre d’origine devenue celle du mensonge d’une idéologie bavarde qui ne résout rien mais qui au contraire accentue la misère, le machisme et la brutalité.  Comme dans le roman précédent les personnages féminins sont exceptionnels et révèlent une forme de résistance secrète et déterminée à la réalité qu’on leur impose.

 Le récit est imprégné par la dimension historique dans laquelle fut immergée Cuba à partir de 1959, où l’on voit le Cuba d’avant progressivement dévoré par l’idéologie communiste et ses petits ridicules : “En 1968, on finit par confisquer les rares entreprises communistes qui subsistaient. Les nationalisations se firent au rythme de la conga. Une conga enragée, impitoyable et, d’après Jo, voleuse. “Celle des salopards”, disait-il. La populace diligente traînait un cercueil de bois de mauvaise qualité, à la valeur plutôt symbolique. On y introduisait le titre de propriété qui devait être confisqué. Le plus ironique dans l’histoire était que quelqu’un, imitant un curé qui disait la messe, tenait un goupillon, avec lequel il aspergeait le cercueil d’eau bénite.” Notons d’ailleurs au passage le remarquable travail de Marianne Millon qui nous propose une excellente traduction de l’espagnol au français, traduction qui conserve toutes les saveurs de la culture cubaine et laisse apparent le tissage poétique de la langue de Navarrete.

 Au moment de quitter l’ile de leur plein gré le jeune garçon qui accompagne sa mère s’interroge sur le paradoxe de celui qui, épris de liberté, s’arrache à la terre qu’il aime : “Tu es sur le point de quitter la seule chose qui t’appartienne vraiment, le seul lieu au monde que tu pourras revendiquer comme tien, celui de tes premiers pas, l’espace vital ou tu as appris tes premiers mots, où tu as entendu les premières voix et ingéré ce que la terre a offert pour que le lait nourrissant de ta mère te fasse grandir, un endroit qui, à compter de cet instant, ne t’appartiendra plus puisque tu l’as trahi en l’abandonnant, tu n’as pas su le défendre comme tu l’aurais dû.”

   "En Fugue" est un roman plein de humanité, de nostalgie, d’humour et de joie de vivre qui confirme William Navarrete comme l’un des grands écrivains sud américains. 

ARCHIBALD PLOOM

 © Culture-Chronique --                                                

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