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MAHAUT D’ARTOIS de Christelle BALOUZAT-LOUBET :

     Le statut de Mahaut d’Artois (1270-1329 serait sans doute restée pour l’histoire de France assez confidentiel sans le coup de pouce de l’écrivain Maurice Druon qui en fit l’un des personnages clefs de ses “Rois maudits”.  Devenue une vedette de la télévision sous les traits de l’actrice Hélène Duc, elle fut aussi interprétée par Jeanne Moreau dans la série du même nom reprise dans les années 2000. Mais au delà de cette célébrité tardive cette petite nièce de Saint Louis, successivement cousine, marraine et belle mère de roi, fut à tout point de vue un personnage de première importance au coeur du royaume de France.

   Dans un entretien datant de 2005 Jeanne Moreau qui venait d’incarner le rôle expliquait que la préparation de ce rôle avait été compliqué car il n’existait aucun ouvrage sur Mahaut.  Elle avait dû sans tenir à ses quelques lignes de Druon : “Tout était grand chez cette femme, les traits, les membres, l’appétit, les colères, l’avidité à posséder, les ambitions, le goût du pouvoir. Avec l’énergie d’un homme de guerre et la ténacité d’un légiste, elle avait mené sa cour de Dole, surveillant l’administration de ses territoires, exigeant l’obeissance de ses vassaux, ménageant la force d’autrui, mais frappant sant pitié l’ennemi découvert.” Même si ces lignes semblent merveilleusement inspirées par le lyrisme d’un Michelet, c’était tout de même très peu pour l’un des personnage féminin les plus forts de l’histoire de France. Christelle Balouzat-Loubet vient de réparer ce manque qui en dit d’ailleurs long sur le traitement que les historiens ont réservé aux personnalités féminines de notre histoire. Il fallait donc que ce soit une historienne qui vienne au de Mahaut d’Artois.

   Christelle Balouzat-Loubet était d’ailleurs toute désignée pour faire le portrait historique de cette grande dame de pouvoir puisqu’elle a soutenu sa thèse sur “Le gouvernement de la comtesse Mauhaut d’Artois(1301-1329)” . Son ouvrage nous plonge dans cette période historique troublée située aux confins du Moyen Age tout en tordant le cou à quelques fantasmes qui ont eu la vie dure à propos de Mahaut en particulier autour de l’image très négative qu’on a véhiculée à son sujet. Les travaux historiques sur l’Artois ayant été souvent emprunt d’une grand misogynie alors même que pour s’imposer à la tête de la principauté artésienne Mahaut dut faire preuve de qualité princière. Elle gouverna comme un homme entourée d’équipe de pouvoir fidèles et compétentes.

Seule femme dans un monde dirigé exclusivement par les hommes, elle fit preuve tout au long de sa vie d’un grand sens du politique. Son histoire jalonnée de trahisons, de procès, de scandales est aussi celle d’un royaume de France en pleine mutation, qui, entre crise et espoir, se construisait sur des bases nouvelles.

   Dotée d’une solide éducation, cultivée, la comtesse montra dès sa jeunesse des aptitudes au gouvernement. C’est sans complexe qu’elle prit la tête du comté d’Artois imposa son autorité à ceux qui gouvernaient avec son père Robert II, résista aux autres pouvoir locaux et à la noblesse révoltée. Dévote et charitable, ce fut aussi une grande amatrice d’art qui n’hésita pas à jouer le rôle de mécène.

   Témoin des bouleversements que connut le royaume elle prit une part active dans son évolution, siégant au conseil du roi et soutenant la couronne contre les forces centrifuges qui la menaçaient, elle fut une femme de guerre quand ce fut nécessaire. Traversant les épreuves avec un courage sans faille, elle parvint à se maintenir à la tête de l’Artois pendant près de trente années grâce à sa force de caractère.

   Ce “Mahaut d’Artois” vaut vraiment les quelques heures de lecture que vous lui consacrerez car cette femme hors du commun mérite d’être reconnue pour ses qualités et son oeuvre politique. Merci à Christelle Balouzat-Loubet qui efface par ce remarquable ouvrage des siècles d’une misogynie historique qui ne disait pas son nom et dont Mahaut d’Artois fut la victime directe.  

APPOLINE SEGRAN

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