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"TOTEMS" d'Alexandre DURAND :

 Alexandre Durand explore la frontière ambiguë entre objet artistique et industriel avec ces 3 Totems conçus comme des répliques d'objets technologiques faites de bric et de broc. Trois vidéos mettent en scène les rites totémiques autour de ces objets et offrent plusieurs niveaux de lecture à ces créations. 

Fortement impressionnée par la notion de « guérilla sémiotique » développée par Victor Burgin, la démarche d'Alexandre Durand est essentiellement sculpturale. Il explore notamment la frontière ambiguë entre objet artistique et industriel (de consommation). Il utilise également la vidéo pour mettre en scène ses installations.

En 1973, Motorola commercialise le premier téléphone portable de l'histoire: le Motorola Dina TAC 8000x. En 2014, Alexandre Durand le représente en bois, le bricole naïvement avec des planches de fortune. L'objet vide est surdimensionné (échelle x10 environ) et l'artiste utilise sa verticalité pour en faire un Totem.

Dans le prolongement, il réalise deux autres Totems peints: une réplique du premier jeu électronique portable de Nintendo, le Watch and game Silver Ball (échelle x17 environ) commercialisé en 1980, ainsi qu'une télévision ITT Océanic TC67 2100H, (échelle x2 environ) première télévision à «servo-régleur» commercialisée en 1974.

Trois vidéos mettent en scène les rites totémiques autour de ces objets. Le totem est un être mythique considéré comme l'ancêtre éponyme d'un groupe social. Le totem est sacré, on ne le consomme pas, on ne le caricature pas, on le respecte, on le craint.

Cette triade, cette trinité électronique, est l'ancêtre de notre techno-consommation: la communication omnipotente, le divertissement virtuel, l'information unilatérale. Caricaturant ainsi l'idée de tradition dans la nouveauté, Alexandre Durand utilise une technique archaïque tirée des modes de représentation tribaux et ancestraux mise à jour par l'ethnologie.

Puisant dans celle-ci les controverses et les fantasmes des théories totémiques, Alexandre Durand offre plusieurs niveaux de lecture à son propos: il y a le culte du mythe technologique et son consumérisme aveugle qui en devient néfaste, névrotique même, car sans cesse en renouvellement. Ensuite, la situation de l'art contemporain qui se voit reproduire, imiter des objets industriels et manufacturés. Enfin, il y a la question du sacré.

Le fait de présenter trois objets veut d'ailleurs reprendre l'omniprésence symbolique de ce nombre dans les trois religions monothéistes. Plus que le mythe, qui a contenté une époque glorieuse révolue, le sacré semble combler un vide identitaire et intellectuel que la crise structurelle n'a fait que creuser profondément, jusqu'à se retrancher derrière des certitudes effrayantes qui ne supportent plus l'échange. Certains dogmatismes maladroits en profitent pour reprendre leurs droits matériels et grignoter notre tissu sociétal. Pour en faire quoi? Un lambeau, une relique?

Avec «Totems», Alexandre Durand veut soutenir la mixité en désignant le technologique par l'archaïsme, le sacré par le profane, le dramatique par le ridicule.

 

Vernissage

Vendredi 22 mai 2015 à 18h

Alexandre Durand

Totems

22 mai-07 juin 2015

Plateforme 73 rue des Haies, 75020 Paris

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