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CARNET 94 : MILLE ETANGS :

 Rien ne vous embarque comme un lieu déjà lu

J’aime visiter les lieux des livres et des écrivains. Ce n’est pas une vaine curiosité, ni une vérification malsaine, juste une façon de poursuivre un dialogue : poser un regard sur un sentier, une courbe de paysage, la façade d’une maison et vivifier des impressions avec celles de l’auteur. Quand je me lance dans ce type de voyage, je ne pars jamais livre en main comme un détective qui refait le parcours du criminel. L’immersion dans l’oeuvre a déjà fait son office avant d’aller sur le motif. Lors du « pélerinage », la décantation reprend. Il faut demeurer longtemps face à l’étang pour apercevoir la libellule, l’apprivoiser et oser la poser sur son chapeau. J’ai besoin d’immobilité face aux brins d’herbe pour qu’une image s’imprègne et de revenir au lever du jour, à la tombée du soir, sous la pluie, à la pleine lumière du midi car rien ne se donne en une fois. De toute façon, je suis lente et atteinte du même handicap que Jean-Luc Godard (quelques lettres de noblesse aux faiblesses ne fait pas de mal) : quand il voyage, il s’oblige à attendre quelques heures sans bouger pour que son âme rejoigne son corps. Quand je me promène dans les lieux de mes lectures, j’ai aussi besoin de ce temps flottant pour que le dehors entre. J’accueille odeurs, souffles du vent, lumières, ombres et couleurs sans choisir. Il se passe ou pas quelque chose. Pas douée pour les traversées au pas de course, ni les visites au pas charge, je suis incapable de suivre un guide touristique ou une recette de cuisine. J’aime rester dans la chambre, s’il le faut, mais avoir fait vraiment le voyage autour de cette chambre. C’est ainsi que je prends mes marques, que j’entre en familiarité avec un espace. Je me souviens d’une sieste sur un banc près de la maison de Virginia Woolf. J’humais l’air, écoutais les sons du voisinage. Après m’être assoupie, il m’avait semblé qu’alors seulement j’étais invitée à franchir le seuil de sa maison. Cette fois, je vivais une expérience inédite : j’entrais dans le Melisey de mes lectures, accompagnée par l’auteur, elle-même. Tout se mêlait joyeusement : les nombreuses pages lues et les paroles dites sur l’instant. La pluie fut une amie car il a nous fallu faire du feu dans les poêles à bois, rester à l’abri dans la maison, la réchauffer, lui offrir les premières odeurs de cuisson, disposer des fleurs dans les vases, garder la chambre en quelque sorte, autant d’étapes pour apprendre à reconnaître. Je respirais avec cette maison, la sentais installée dans un printemps gorgé de vert. Il faut dire que l’eau tombait dru. Grâce aux paroles de l’auteur, je devinais les mousses, les bois, les étangs tout autour, dans le brouillard humide, bien avant que de les voir. Je m’aventurai juste sous un parapluie pour quelques courses. Mon âme eut tout le loisir de me retrouver. Le matin, à lire dans le fauteuil proche de la fenêtre, je me sentais déposée. Un chat a osé lancer un regard curieux vers moi, sans s’inquiéter. C’était le signe que j’étais acceptée. Quand le ciel a consenti à ouvrir quelques brèches, j’étais prête. J’ai alors marché dans les paysages des livres. Ils se sont libérés de leur anonymat pour que je vibre avec eux. Les mousses, les étangs, le vert, les libellules, tout était là, non comme prévu, mais comme une chance à ressaisir. Je voyais d’autant mieux que j’avais lu et que je lirai encore. Une petite touche exotique est venue rehausser l’ensemble : les roches moussues, les arbres se reflétant, les cabanes au bord des étangs, le bruit des gouttes. Je ne savais plus si j’étais au pays des tourbières ou si le Japon avait migré dans les Vosges. Quelle chance : mon rêve du Japon exhaussé sans avoir à payer un billet d’avion ! La révélation finale fut de rencontrer « la Marceline », un lieu-dit avec un seul ‘l’mais que j’ai saluée de toutes mes ailes. C’était donc écrit, avec une petite faute, ce qui était encore plus touchant : j’étais déjà venue dans cette contrée, même un peu écorchée, passante incognito, lectrice familière. Je suis repartie avec Le Fil de l’oubli dans mon bagage, non pour oublier Melisey, mais pour continuer  à tisser ce lien subtil entre réalité et littérature, cette indicible transmission d’âme à âme, d’auteur à lecteur, qui embarque loin dans les strates de la géographie, de la mémoire, des sensations et des traces inconscientes.

Pour ceux qui veulent aller au Japon du côté des Mille Etangs vosgeois, tous les livres de Françoise Ascal sont à lire. Je suggère particulièrement Lignée chez Æncrages and co, Mille Etangs chez Travers et La table de veille  chez Apogée.

Et le scoop réjouissant : trois nouveaux livres de Françoise Ascal doivent paraître à l'automne 2015 !

Le Fil de l'oubli (récit) éditions Al Manar , réédition du livre paru en 1998 chez Calligrammes

Un bleu d'octobre (carnets 2001-2012) éditions Apogée

Des voix dans l'obscur (poèmes accompagnés par des estampes de G.Titus-Carmel) ) éditions Æncrages & Co 

MARCELLINE ROUX 

marcelline2.roux@laposte.net-                                           -

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