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LA PETITE BARBARE d’Astrid MANFREDI :

“La petite barbare” est l’une des excellentes surprises de la rentrée littéraire.  Cent cinquante pages d’une prose ramassée qui vient frapper à la porte du malheur, cent cinquante pages qui font d’emblée d’Astrid Manfredi un écrivain au talent déjà affirmé alors même qu’il s’agit d’un premier roman. Pour le coup on est très loin de la prose au kilomètre de la littérature française d’aujourd’hui, une prose qui sonne comme une musique d’ascenseur à force d’avoir gommé toutes ses aspérités, éliminé toutes les rudesses dont elle aurait pu être capable. Aujourd’hui Louis-Fernidand Céline serait difficilement publié en France. Mais revenons à “La petite barbare”, roman à l’écriture de plomb fondu qui place le lecteur dans une position sociologique originale pour le moins inconfortable.

La proposition narrative de la jeune romancière consiste à nous faire partager le parcours et les pensées d’une jeune femme qui va participer à un abominable fait divers.  Elle sera l’appât d’un kidnnaping dont la fin déshonnorera le nom de tous ceux qui y auront participé de près où de loin. La romancière s’interroge  sur les conditions qui vont favoriser cette coupure avec ce qui relie un individu au reste de l’humanité pour un bénéfice hypothétique qui vous conduira finalement à la prison.  Deux questions qui débouchent inéluctablement sur une autre, celle de la monstruosité.

Si Astrid Manfredi a repris en partie des éléments de l’affaire du gang des barbares de sinistre mémoire, elle a aussi réinvesti l’affaire Valérie Subra qui s’est déroulée en 1984.  La jeune femme attirait des hommes que ses complices dépouillaient,  torturaient et assassinaient, faits qui inspirèrent Bertrand Tavernier pour son film “l’Appât”. La romancière parvient à mettre en scène cette ultra violence avec beaucoup de talent.  L’intérêt de son travail tient d’ailleurs au fait que le lecteur est habitué à la violence masculine, en revanche la cruauté féminine a été beaucoup moins explorée. Il y a chez cette petite barbare quelque chose de l’épouse du père Ubu, une pincée de Lady Macbeth et beaucoup du Genet des “Bonnes”. Mais il y a surtout cette substantifique moelle que la romancière a reussi à extraire de l’âme profonde de cette jolie fille.  Ce qu’elle met en évidence c’est la position totalement dominée qu’occupe le féminin dans les quartiers.  Voilà une jeune fille intelligente, qui aime les livres et qui aurait pu, si elle était née dans un autre milieu, se retrouver en prépa littéraire.  Seulement voilà, les quartiers de relégation rendent les choses bien difficiles pour les filles. Certaines pages sont des petits bijous de rage et de désespoir qui sonnent comme le poème triste d’une tragédie annoncée.  

Si l’on se plaçait du point de vue de la théorie du genre on pourrait s’accorder sur le fait qu’il n’y a pas plus de violence féminine que de violence masculine, il y a ce que l’humanité produit dans ce domaine depuis la nuit des temps. L’art de la romancière consiste à nous placer devant nos représentations qui s’étonnent qu’une femme puisse se comporter de façon aussi cruelle, c’est sans doute ce qui fait de “La petite barbare” un uppercut littéraire qui envoie son lecteur directement dans les cordes.

   Notons par ailleurs qu’écrire sur la banlieue n’est pas une spécialité française exception faite du roman noir, raison de plus pour rendre hommage à la performance littéraire d’Astrid Manfredi. Son style caractérisé par une grande finesse dans la notation psychologique, un sens aigu du portrait et une capacité à mettre en scène la dimension sociologique de l’action romanesque la placent à la hauteur d’un Raymond Carver qui se serait égaré aux pieds des immeubles de nos cités. Ces cités que la plupart d’entre nous ne connaissent que par les reportages d’une télévision pressée, lacunaire et visant des fins très éloignées de la recherche de la vérité. Exactement à l’opposé Astrid Manfredi descend dans l’oeil du cyclone pour décrire une tempête sous un crâne de banlieue ! Descente inquiétante et profondément destabilisante qui ranime une tradition romanesque qui a fait autrefois du roman français l’un des phares de la littérature mondiale. Si vous deviez lire qu’un seul roman de la rentrée littéraire, lisez “La petite barbare”

ARCHIBALD PLOOM

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