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CARNET 98 : UN PERE POUR LA VIE :

Au début était le verbe , à la fin aussi...

Je venais de prêter Les Cyprès de Patmos à une amie qui était dans une veine de lecture autour des maisons. La Maison du retour de Jean-Paul Kauffmann l’avait enthousiasmée et je ne doutais pas de l’effet que ferait, sur elle, la maison d’Antoine Silber, maison sur la fameuse île grecque. Je ne pensais pourtant pas replonger moi aussi dans le monde de Silber et voilà qu’il sortait un nouveau récit : une réponse au Silence de ma mère : Ton père pour la vie. Ce père, l’opposé du silencieux, toujours prêt à l’art de la conversation, à écrire une lettre par jour à son fils, était la version masculine d’une Colette alitée au-dessus des jardins du palais Royal, possédant comme elle, l’art de saisir et métamorphoser joyeusement la langue pour décrire la vie quotidienne d’une chambre, mais cette fois dominant la rue de l’Odéon. Il serait facile d’ajouter que les paroles du père sont teintées d’humour juif si ce cliché ne mettait en valeur la complexité assumée du personnage. L’humour comme la délicatesse coulent indiscutablement dans les veines de cet homme de lettres. Etre le fils de ce père est donc une chance et une aventure. Antoine Silber parvient en tous les cas à devenir un biographe vivace qui rend compte du lien filial tenace tissé entre deux hommes. Antoine raconte les visites presque quotidiennes au père et nous donne à lire quelques savoureuses lettres, sans jamais succomber à l’anecdote, ni à l’hagiographie ou au règlement de comptes, défis réels pour ce type de récit. Je crois d’ailleurs que si je n’avais pas lu sur la couverture le nom d’Antoine Silber, je n’aurai sans doute pas commencé ce livre. C’est idiot, j’en conviens, mais je ne suis guère attirée par ces relations filiales sauf quand c’est Colette qui parle de sa mère ou Antoine qui évoque son père, car alors nous entrons en littérature. Le père vit avec les livres et parle comme Saint-Simon ou Montaigne quand le fils vit, survit, se débat dans le monde d’aujourd’hui. Ce décalage crée une inédite situation théâtrale, jouée de part et d’autre. On pourrait par simplicité évoquer Philip Roth ou Isaac B. Singer à condition que la noirceur ironique et cynique ait abandonné la scène car Antoine Silber a su digérer ce lourd patrimoine pour effectuer  un magnifique pas de côté. Il court dans les pages comme il prépare le marathon : il sait que pour garder la bonne respiration, il vaut mieux s’entraîner avec un ami et converser pendant la foulée. On pourrait dire qu’il a insufflé cette méthode à son écriture : les paroles de la conversation donnent le tempo à la narration. Le lecteur est comme invité à papoter avec le père à travers le fils, à découvrir un vieil homme qui développe une grandeur de vie et de pensée dans l’immobilité d’une chambre, comme un Montaigne enfermé dans sa bibliothèque. Le retrait du monde dévoile le coeur des choses humaines et dans le coeur de la saga Silberfeld, on traverse au pas de course la petite et la grande histoire, mine de rien, avec cette humilité propre à l’auteur qui ose à peine se nommer ainsi, lui qui abandonne pourtant son métier de  journaliste. Antoine Silber ne sait pas prendre la pose et cette façon ne pas peser ouvre une vraie brèche. J’ai le sentiment d’avoir couru le long du parc du Luxembourg et du boulevard Saint-Germain et la vie est passée, un peu de ce sel de la vie qui aide à continuer. Je sais que l’auteur a dû s’arrêter pour prendre des notes et « raconter dans sa générosité et son exubérance, sa complexité et sa truculence » la manière dont vivait son père. Cet arrêt a permis la relecture des deux cents lettres, qui ont perdu le ton désuet, suranné ou  agaçant qu’il leur avait trouvé quand il les avait reçues. Soudain, il les trouvait belles, chaleureuses. Même mort, son père réussissait à le faire rire. N’était-ce pas un exploit aussi incroyable que son énergie, sa force de vivre alors qu’il était allongé ou grabataire ? Un père sur lequel compter au-delà de la mort est sans doute la dernière plaisanterie juive jouée à Antoine et celle qui attache le lecteur aux mots du texte. Ton père pour la vie  résonne pour l’auteur mais tout aussi bizarrement pour tous ceux qui entrent dans ces pages qui respirent la joie, tellement précieuse et rare aujourd’hui. Passez donc ce relais de main en main, de génération en  génération, je pense qu’il vous aidera à trouver le bon souffle, celui qui permet d’aller toujours plus loin !

MARCELLINE ROUX 

marcelline2.roux@laposte.net-                                           -

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