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LES HOMMES D'HITLER de Jean-Paul BLED :

 Le nazisme n’est pas une création ex nihilo dont Hitler aurait été à la fois le créateur et l’âme. On pourrait l’interpréter de cette manière s’il s’agissait d’une oeuvre d’art ou d’une création littéraire mais dans le cas d’un mouvement politique qui mit l’Etat et la société allemandes en coupe réglée il va de soi que la réalité est plus complexe. Si Hitler est au centre de tout et que tout se fait en son nom, s’il est à la fois le Fürher de la Nation, le commandant suprême de la Wehrmacht, le chef du gouvernement, le dépositaire suprême du pouvoir exécutif, le juge suprême et le chef du parti, il va de soi qu’il n’a pas trouvé cette concentration de pouvoir dans le berceau du III eme Reich.  Elle est le résultat d’une construction patiente au coeur de laquelle le Fürher se révèle maître dans l’art d’exploiter les circonstances.  Reste que seul Hitler n’était rien, il lui fallait un groupe de fidèles sûrs et dévoués pour réaliser son projet politique.  Dans son dernier ouvrage intitulé “Les hommes d’Hitler” Jean-Paul Bled   dépeint le rôle précis au sein de l’appareil de pouvoir nazi de vingt-trois des dirigeants et compagnons de route du Fürher, permettant au lecteur de mieux saisir le fonctionnement complexe de la machine nazie.  Certains sont évidemment célèbres comme Hermann Göring , Rudolph Hess, Himmler ou Goebbels mais d’autres sont beaucoup moins connus tout en ayant des pièces maitresses du dispositif nazi. On pense en particulier à Hjalma, Schacht, le banquier d’Hitler, Hans Frank, son avocat, ou encore Baldur von Schirach qui régna sur la Hitlerjugend. 

   Parmi ses hommes certains sont des compagnons de la première heure, d’autres sont venus s’agréger plus tard mais tous, hormis ceux qui seront éliminés – en l’occurrence Ernst Röhm qui dirigeait la SA et qui fut liquidé lors de la nuit des longs couteaux et Gregor Strasser dont la personnalité forte et clairvoyante pouvait réellement faire de l’ombre au Fürher – seront des rouages nécessaires et indispensables à la mécanique qu’Hitler mit progressivement en place.  

   Jean-Paul Bled décrit avec beaucoup d’acuité les différents cercles du pouvoir hitlérien : ceux qui ne serviront qu’un temps, ceux qui appartiennent à la garde rapprochées du Fürher et qui lui seront fidèles jusqu’au bout,  ceux qui passeront à la trappe de l’histoire, les militaires, les civils, les artistes, autant de catégories d’individus qui gravitent autour du chef suprême et lui permettent d’asseoir son emprise sur le monde des finances, de l’armée et de l’administration.

Etonnante galerie de portraits qui met une idée en évidence : Hitler savait séduire et utiliser les hommes dont il avait besoin à son avantage.  Il pouvait se montrer reconnaissant mais s’il avait l’impression d’être trompé ou mis en danger il éliminait celui qui devenait alors un adversaire avec la plus grande cruauté comme ce fut le cas pour Strasser.

Parmi l’ensemble des portraits celui de Baldur von Schirach se révèle passionnant.  Il révèle la trajectoire d’un homme qui vécut durant sa jeunesse dans une ferveur quasi mystique vis à vis d’Hitler mais les années vont progressivement lui faire prendre conscience des manques de celui qu’il portait aux nues. Il sera l’un des rares dirigeants nazis à assumer ses responsabilités. Il déclare durant le procès de Nuremberg : “Devant Dieu, devant la nation allemande, devant le peuple allemand, je porte seul la responsabilité d’avoir entraîné la jeunesse à soutenir un homme qui, durant de longues années, a été considéré comme irréprochable et qui a assassiné des millions de gens”. 

Reste que le Fürher pendant tout le temps où il sera au pouvoir saura jouer des rivalités entre ceux qui l’entourent.  Les proches d’Hitler connaissait les règles du système : leur position dépend de la faveur du Fürher. Ils sont autant de satellites qui tentent d’approcher au plus près l’astre brûlant du nazisme. Hitler tranche rarement les conflits entre ses collaborateurs.  En bon disciple de Darwin il considère que le plus fort finira par l’emporter. L’analyse de Jean-Paul Bled montre d’ailleurs qu’Hitler a bâti un système de gouvernement uniquement conçu pour lui laisser les mains entièrement libre. Sa volonté est la seule règle que le régime nazi se reconnaisse. Comme il n’est pas un homme de dossier à la manière de Frédéric II ou de Bismarck, sa manière de gouverner laisse à ses collaborateurs une marge de manoeuvre non négligeable, ce qui attise évidemment les appétits et transforme le sommet de la pyramide du pouvoir hitlérien en une arène où les ambititions s’affrontent continuellement. C’est une lutte impitoyable faite d’intrigues et de mauvais coups et où les alliances se nouent et se dénouent  dans la rage et la haine.

   Cet ouvrage nous éclaire sur la manière dont le pouvoir hitlérien était organisé. Ce  “totalitarisme anarchique”, pour reprendre l’expression utilisé par l’historien, qui fonctionna au sein du NSDAP puis à la tête de l’Allemagne à partir de 1933.  Vingt trois portraits qui mettent en évidence les rouages les plus puissants du système hitlérien : passionnant et élucidant !

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