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UN ROMAN ANGLAIS de Stéphanie HOCHET :

L'histoire est simple et intimiste : un couple, qui vient d'avoir un enfant, décide d'embaucher une garde d'enfant, pour soulager la mère et l'aider à reprendre son métier de traductrice. De cette histoire simple nait un roman riche, où se déploient plusieurs thématiques. La première est historique. La scène se passe en effet en 1917, en Angleterre. Pendant que les hommes sont au front, les femmes se battent à l'arrière pour la reconnaissance de leurs droits civiques. C'est du côté de ces femmes, à l'arrière front, que le récit se déroule. Le lecteur suit la vie quotidienne d'un couple et de leur enfant épargnés par les combats. Si la guerre et ses tranchées ne sont pas le sujet ni le théâtre de cette intrigue, elles en sont en revanche l'éclairage et l'air ambiant. C'est ainsi qu'un jeune homme d'une vingtaine d'années, Georges, réformé en raison d'une maladie du cœur, devient le garde d'enfant du petit Jack, parce que les femmes, mobilisées par l'effort de guerre et leurs propres enfants, ne peuvent assurer cette charge. Les autres événements qui viennent perturber la tranquille vie bourgeoise de cette famille ont, de même, la guerre pour origine : le départ de Londres et l'installation dans un cottage loin des bombes, l'attente anxieuse des lettres d'un cousin parti au front, la mise à sac du magasin du mari, etc...

Alors que la guerre des hommes et des corps n'est qu'indirectement présente, une guerre intérieure et psychologique occupe le premier plan. Comme dans tout roman anglais qui se respecte. Avec beaucoup de finesse et d'acuité, Stéphanie Hochet déplie surtout les sentiments contradictoires de la mère, Anna. La maternité est présentée dans toute sa complexité, et c'est l'une des grandes qualités de ce roman. L'amour réel et profond d'Anna pour Jack, son enfant, côtoie le regret du célibat, l'ennui face au monde de l'enfance, le refus de la dépendance et même la haine. Ainsi que l'étonnement. Les pages où Anna se met à la place de son son fils et essaye de voir le monde par ses yeux sont parmi les plus belles. Elles s'inscrivent dans la lignée de Marin mon cœur de Eugene Savitskaya. Face à cette relation maternelle complexe, Georges devient un modérateur et un médiateur indispensable à Anna. La délicatesse, la compréhension et la patience, vertus maternelles par excellence, sont le propre du jeune homme. Ses qualités le rendent page après page indispensable à Anna et à Jack, et insupportable au mari et au père. Jusqu'à la tragédie finale.

La style de ce roman est parfait, fluide et inventif. Stéphanie Hochet choisit avec intelligence de suivre la psychologie d'Anna, puis celle de son mari. Et de terminer, contre toute attente, son récit par le point de vue de l'enfant. Seul le point de vue de Georges n'est pas directement connu. Ce qui lui permet d'être le personnage cristallisant tous les sentiments de cette famille. À l'image de ces chassés croisés intérieurs, la narration est toute en nuance, sensible et impressionniste. Ce qui fait le charme tenace de ce roman. Une grande réussite.

SOPHIE SCHULZE

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