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LA FAYETTE de Jean-Pierre BOIS :

Grand spécialiste du XVIIIe et XIXe siècle  Jean-Pierre Bois nous propose avec ce “La Fayette”  une nouvelle biographie historique d’un jeune noble auvergnat qui vénérait Vercingétorix et qui fut l’un des héros de l’indépendance américaine.  La liberté fut d’ailleurs l’affaire de sa vie.  Il la servit durant l’une des périodes historiques les plus meurtrière et les plus compliquée de l’histoire politique française.

Si l’historien s’attarde sur les années américaines du jeune officier de 1777 à 1783, il met en évidence  les ambitions personnelles de La Fayette qui vise la gloire et qui résume  son ambition dans une jolie formule : “ En travaillant pour ma gloire, je travaille pour leur bonheur.”  La Fayette fera ,jusqu’en 1789, 3 voyages en Amérique.   La pensée politique américaine s’immisce d’ailleurs dans  le débat français. Condorcet qui va publier en “De l’influence de la Révolution de l’Amérique sur l’Europe” qu’il dédicacera justement à La Fayette écrit : “ le spectacle d’un grand peuple où les droits de l’homme sont respectés est utile à tous les autres.” Et plus loin  “ le bonheur d’un peuple, loin de s’accroître par le malheur et l’affaiblissement de ses voisins, doit augmenter, au contraire, par la propérité des autres peuples.”  Pour nombre de philosophes la liberté en Amérique prouve de manière pratique la posssibilité d’appliquer les droits de l’homme.” La Fayette est présent dans le débat par sa personnalité sans être réellement un penseur politique.

Toujours prompt à l’action et en même temps observateur attentif de son temps, bien qu’il n’ait pas donné d’écrit théorique sur les questions philosohiques, politiques, économiques ou sociales qui agitent autour de lui la noblesse libérale et la noblesse éclairée, La Fayette s’impose dès 1787 comme l’un de ceux qui peuvent avoir un rôle à jouer dans la vie publique française.  Les évènements révolutionnaires vont le voir passer au premier plan. Il affirme d’abord sa fonction militaire à la tête d’une armée citoyenne, la garde nationale. Durant toute la période qui précédera la République il tentera de jouer un rôle modérateur en tenant une ligne complexe entre les intrigues des uns et des autres. A partir de 1791 la modération devient une idée politique impossible à défendre. Un orateur du Palais Royal déclare : “ Le général est un aristocrate à qui il faut couper la tête : c’est un coquin qui fait le patriote pour servir le roi.” Varennes mettra definitivement Louis XVI hors jeu et verra l’avenir de La Fayette se compliquer au point qu’il devra quitter la France en Aout 1792.  L’attaque des Tuileries et la déchéance du roi coupent définitivement La Fayette de la révolution.

Mais ce sont sans doute les années qui suivront 1792 qui constituent la partie la plus intéressante de l’ouvrage car l’historien éclaire la période la moins connue de la vie de La Fayette. Période de l’ombre qui commence par une longue période d’emprisonnement qui suit sont arrestation en Belgique alors qu’il s’est engagé avec 21de ses officiers en territoire ennemi. Sa Révolution est terminée et  de sa prison il échappe à la Terreur.  Il préféra la vie à la guillotine.

Pour nous permettre de comprendre La Fayette, Jean-Pierre Bois va mettre son destin en parallèle avec celui d’autres acteurs de la Révolution qui nt tous agi avec lui, à ses côté, qui ont espéré jusqu’en 1791 et qui se sont détournés de la Révolution après 1792, mais ont voulu survivre après 1793 : Dumouriez, Talleyrand, Sieyès, Thibaudeau.

La Fayette sera, de tous les rescapés, celui qui a payé le prix le plus élevé. A Wesel, en Wesphalie le général et trois de ses compagnons sont enfermés dans des cachots souterrains puis emmené à Magdebourg dans des conditions humiliantes avant de se retrouver à la prison d’Olmütz en Moravie. Après 5 ans d’emprisonnement il sera libéré qu’en 1797.  Il écrit “Lorsque je fus rendu à la société des hommes, je la trouvai bouleversée et comme transformée par des changements dont j’avais cessé d’être le témoin, en même temps qu’il eût suffi des haines dont j’étais l’objet pour rappeler que j’en avais été l’un des principaux acteurs.” La Fayette reviendra en France en 1799 mais il se tiendra en retrait dans ses terres au château de la Grange ou à Paris où il tient table ouverte dans son hôtel quand il s’y trouve.  Il aspire a retrouver des responsabilités, il se croit  indispensable  mais il l’est plus.  Il se consacre aux travaux d’agriculture dans les terres de son domaine.  Son véritable retour se fera très tard quand septuagénaire et à nouveau très populaire, il servira une dernière fois la liberté quand , devenu républicain, il aide à l’avènement d’une monarchie citoyenne dont il s’éloignera peut avant. Il meurt en 1834 à soixante dix sept ans.

   L’intéret de l’ouvrage, hormis ce qu’il nous apprend sur l’ensemble de l’existence de La Fayette,  tient à l’immersion de cette vie au coeur d’évènements historiques sans précédent dans l’histoire de France. En particulier le moment où certains acteurs de la révolution doivent fuir sans être du parti de ceux qu’on appela les émigrés parmi lesquels on compta François-René de Chateaubriand.  Ce dernier écrivit à propos de La Fayette dans Les Mémoires d’Outre Tombe  : “ M. de La Fayette s’est élevé parce qu’il a vécu, M. de La Fayette n’avait qu’une seule idée, et heureusement pour lui elle était celle du siècle (…) il s’avançait sans tomber entre les précipices , non parce qu’il les voyait, mais parce qu’il ne les voyait pas.”  L’ouvrage de Jean-Pierre Bois permet d’aller au delà de ce raccourci historique qui souligne l’avantage d’être un grand écrivain. Le travail de l’historien, s’appuyant sur un remarquable travail d’archives, rend enfin justice à ce personnage hors norme.   

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