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MONARQUES de Sébastien RUTES et Juan HERNANDEZ LUNA :

 Un roman à quatre mains, fruit de la collaboration entre un écrivain mexicain et un écrivain français, ce n’est pas si courant et c’est une aventure littéraire qui vaut le détour.  Le récit  commence à Paris en 1935. Augusto Solis, un dessinateur mexicain, écrit une lettre désespérée à l’actrice Loreileï Kruger qu’il aime et qui vit à Paris. Mais c’est un homme, Jules Daumier,  qui lui répond et qui lui apprend que la jeune femme est partie sans laisser d’adresse.  S’engage alors une correspondance entre l’amoureux mexicain et Daumier, homme de gauche et porteur du journal “L’Humanité”.  On l’on retrouve la saveur de l’argot parisien  à travers des anecdotes qui racontent l’arrivée au pouvoir du Front populaire en 1936 et les espoirs que suscitent  cette victoire des forces de gauche avec les premiers congés payés.  Daumier est aussi un amoureux du catch et on se régale aux évocations des meetings du Vel d’Hiv : “C’est d’abord Hans Kämpfer, au physique de jeune premier, que j’ai vu s’incliner contre Henri Deglane sur un retournement de bras à l’américaine. Puis Hans Steinke, le Chêne allemand qui fait carrière au cinéma dans les rôles de méchants auxquels l’abonnent ses deux mètres quatorze et ses cent vingt cinq kilos.”   Daumier ne retrouve pas Loreleï  - prénom qui sonne comme une évocation des figures mythiques du Rhin – à Paris, et pour cause la belle actrice travaille aux Etats Unis sur le projet “Blanche Neige” de Disney. Elle sert de modèle pour les dessinateurs.  C’est là qu’Augusto la retrouvera. L’évocation de Blanche Neige, véritable machine à transformer les mythes,  fait basculer le roman dans une mise en abyme temporelle qui entraine le lecteur  à la veille de la seconde guerre mondiale.  Le cercueil en verre de Blanche Neige resta deux ans à l’écran  annonçant sans doute un chevalier blanc américain à l’Europe  qui s’apprêtait à connaître un orage d’acier crépusculaire. Où surgit l’évocation d’un De Gaulle, théoricien de la force mécanique” qui fut le seul colonel de chars - fait absolument historique - à enfoncer les lignes allemandes à Montcornet puis à Abbeville

La seconde partie du roman,  “Migrations”, qui débute en 1940, abandonne le registre épistolaire pour revenir au récit classique..  Le roman tourne alors en récit d’aventure qui traverse la seconde guerre mondiale et se prolonge par la suite.  L’action s’installe au Mexique, à Hollywood, à Paris et au Canada ainsi qu’aux Canaries Où l’on découvre les méthodes de travail des studios Disney et l’on apprend que “Pinocchio” et “Fantasia” furent des échecs commerciaux en 1940 et le tournage de “Dumbo” fut interrompu par la première grève de l’histoire du studio. Les deux romanciers font feu de tout bois, entrainant le lecteur dans une avalanche d’anecdotes historiques  dont il fera son miel. La conversation entre Gobbels et Hitler à propos de “Blanche Neige” est, à ce titre,  savoureuse. 

La dernière partie du roman intitulée “Sanctuaires” conclue le roman sur un saut temporel. Nous découvrons les petits enfants des personnages.  Le registre  épistolaire  a évolué sous la forme de  mails que s’échangent les protagonistes qui s’interrogent sur  leurs aïeux et leur héritage.  L’allusion éponyme aux Monarques, ces papillons qui partent du Mexique  et gagnent le Canada dans un voyage de plusieurs générations, est une  parfaite métaphore de ce roman étincelant qui joue avec tous les codes romanesques,  multipliant les références mythologiques et légendaires  et entraînant le lecteur dans une traversée passionnante du XXeme siècle.   Un roman à deux cerveaux qui nous laisse éblouis par tant de maîtrise littéraire et historiques.  Un moment fort de littérature. 

JULIEN MELVILLE

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