Partager cette chronique:
La librairie.com Amazon Babelio Decitre Fnac Nolim Sauramps Mollat La Procure Ombres blanches
REAGAN de Françoise COSTE :

Ce que sont devenus les Etats Unis aujourd’hui et particulièrement les conservateurs américains  est en grande partie dû au deux mandats de Ronald Reagan à la tête du pays.  Françoise Coste, spécialiste de l’histoire intellectuelle et politique des Etats-Unis, nous propose une biographie serrée de 600 pages sur la carrière de celui qui commença par être  second rôle à Hollywood avant de se lancer en politique.   

L’historienne retrace avec une précision très factuelle l’ascension de ce communicateur brillant et opportuniste que fut Ronald Reagan.  Ce président qui aimait suivre une routine très précise à la maison blanche avec des pauses toutes les 2 heures –  qui duraient elles mêmes parfois plus de deux heures - pour se reposer , allait imposer une image dynamique et déterminé au reste du monde.  Les pages qui s’intéressent  au personnage ne laisse pas une impression très positive. Reagan ne semblait pas comprendre grand chose aux affaires du monde. Il portait beau, était télévisuel, connaissait parfaitement les notes qu’on lui préparait mais au delà de cela Ronald Reagan ne semblait pas avoir l’étoffe d’un Président. Richard Pipes, célèbre théoricien néoconservateur  qui devint membre du conseil de sécurité national (NSC) écrivit dans son journal : “R.R est complètement paumé, pas à l’aise. Après avoir dit deux ou trois choses banales, il n’a rien dit pendant quarante-cinq minutes, et quand il a finalement ouvert la bouche, c’était pour dire “eh en dis donc” – ce qui voulait dire “mais qu’est ce que je vais bien pouvoir faire ? “  (…) Il n’écoute pas attentivement, il regarde dans le vide ou bien fixe les papiers devant lui sur la table … Tout cela, autant la substance que les relations humaines qui sont en jeu, le dépasse totalement. Il n’a ni les connaissances ni la poigne nécessaire pour comprendre les conseils contradictoires qu’on lui donne.” Portrait accablant parmi beaucoup d’autres qui ne sont guère en faveur de cet homme vieillissant qui semblait  qui reconnaissait que sa “participation personnelle” à la présidence était limitée.

   L’intérêt de l’ouvrage tient certainement au déplacement que l’historienne effectue pour passer derrière le paravent que l’on plaça sous les yeux des américains pendant huit ans. Que se passait-il autour de Ronald Reagan ? Comment ce politique de médiocre envergure à la pensée souvent embrouillée a-t-il pu faire aussi longtemps illusion ? Françoise Coste met en évidence le travail d’une cellule de l’ombre, des conservateurs brillants réunis autour d’un premier cercle Baker, Meese, Deaver . On trouve parmi eux David Stockman, Georges Bush, Bill Casey, Bill Clark, Cap Weinberger, Alan Greenspan.  Tous ces hommes appartenait à la nouvelle droite américaine.

   L’entrée de Reagan dans la nouvelle droite se fit d’abord par la thématique qui était sans doute la plus familière à cet anticommuniste de toujours, la guerre froide. Tout à fait dans la ligne néo-conservatrice il expliquait à la population américaine que les Soviétiques avaient construit des lasers antimissiles et des “satellites tueurs”, et qu’ils avaient surpassé, au cours des années 1970, les Etats-Unis dans leur capacité nucléaire aérienne et sous marine.  Par ailleurs le discours de Reagan va devenir de plus en plus moralisateur dans les années qui précéderont son élection, ce qui restera par la suite l’une de ses marques de fabrique.

  Françoise Coste met par ailleurs en évidence que la politique  budgétaire du président Reagan fut catastrophique malgré une croissance hors du commun . La prospérité reaganienne profita au segment le plus riche de la population. De plus  il fut dans l’incapacité à maîtriser les dépenses publiques qui s’envolèrent. Le déficit s’éleva  à près de 200 milliards par an et la dette américaine devint colossale ce qui obligea l’administration Reagan a emprunter et à constamment augmenter les impôts. Pourtant l’historienne met en évidence le respect des américains pour ce président qui cessa d’être un objet de débat idéologique quand il annonça sa maladie d’Alzheimer.

Ce “Reagan”  nous replonge dans une époque où la droite américaine prit le virage du neo-conservatisme dont  Reagan ne fut finalement que l’une des  plus belles réussites. 

BERTRAND JULLIEN

© Culture-Chronique --                                                

- -      Commander l'ouvrage

- -       Découvrez les sélections de votre libraire

--  Les chroniques littéraires Culture-Chronique

--  S'inscrire à la Newletter   

--  Le twitter CULTURE CHRONIQUE

Partager cette chronique:
Toutes Nos Chroniques
Rechercher par Auteur :