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 1 Janvier 2015 / 12 novembre 2015 : La première page du journal, version intégrale, de Virginia Woolf, débute un vendredi 1 janvier 1915. Elle évoque des problèmes domestiques, des comptes, des factures, le bruit des cloches du nouvel an, une promenade sous la pluie. Cela semble anodin pour un quotidien d’écrivain. Pourtant, cette première page contient beaucoup de l’auteur : sa peur des domestiques, ses difficultés financières, les cloches qu’elles croient entendre annoncer une victoire, pendant la guerre, elle qui en traversera deux, sans oublier son goût de la marche même sous la pluie. Avec Léonard, son mari, elle aura beaucoup arpenté la campagne anglaise. Ils jouiront d’une automobile, que tardivement, au moment de l’écriture Des Vagues. Cette page retirée du contexte paraît insignifiante alors qu’elle contient déjà l’épaisseur d’une vie. Décider de relire le journal de Virginia Woolf, de parcourir en lectrice 26 années en effectuant une étape tous les trois mois, est une manière, comme une autre, de bousculer une vie de lecteur. Si le compte est bon : 100 haltes de lecture, 100 incursions dans la vie de cette femme, feront dialoguer 100 fois l’aujourd’hui. Cette lecture-feuilleton est d’ailleurs presque un anniversaire, à quelques mois près : un siècle s’est écoulé entre ce début de journal et maintenant. Faire l’expérience de ce temps comme s’il était possible de lire et de vivre en échos, de partir d’un journal d’écrivain pour composer un journal de lecture, tout en imaginant vivre 100 jours woolfiens. Symboliquement, à la fin du parcours, il faudrait déposer ces 100 feuillets chez Stock et leur demander de rééditer le gros pavé rose qui est épuisé, chose incroyable. Chère Virginia, il se peut que pour fêter ce passage du temps en votre compagnie, il faille engager un acte qui réclame vos pages de journal. Cela ne déplaira point à votre tempérament d’éditrice. C’est toutefois aller vite en besogne que de parler de la fin alors que rien n’est fait. Qui sait si Marcelline parviendra à écrire après sa page lue ? Qui sait si elle tiendra sur la durée ? Il n’y a que des oulipiens versus « Jacques Jouet » pour réussir à se contraindre à écrire un poème par jour. De toute façon, c’est parti. La page une d’une nouvelle série est née. Marcelline se lance à lire ce journal comme une promenade, même sous la pluie et le froid. Elle aura sans doute du mal à suivre la cadence des enjambées des Woolfs, à garder le phare en vue, sans que  les phalènes viennent brouiller les pistes mais jouer à la lectrice n’est jamais de tout repos. Décidons donc qu’en cette année 2015, le 12 novembre se métamorphose en un premier de l’an, histoire de rejoindre le diapason de Virginia. Cela règle les infinis problèmes de fin d’année. Que faire, avec qui et où ? Comment garder bon moral et vouloir célébrer le temps qui passe ? Grâce à cette nouvelle aventure, le nouvel an vient de passer, ni vu, ni connu, comme une lettre à la poste. Quel soulagement ! La vie avec Virginia s’annonce sous les meilleurs auspices.

Il aurait fallu s’en tenir là et ne pas passer le cap du 13 novembre. Comment l’écrire ? 100 ans après, des attentats meurtrissent Paris. Daech frappe : plus de 129 morts en quelques heures. Ma chère Virginia, les cloches entendues le 1 Janvier 1915 n’annonçaient décidément aucune victoire, ni progrès en humanité. Vous viviez en plein conflit mondial. Cent ans après, la peur saisit à nouveau les hommes. Ils doivent lutter contre l’extrémisme islamiste. Il va falloir que votre courage de féministe engagée ne nous quitte point.

MARCELLINE ROUX

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