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UNE FOIS NE COMPTE PAS de Marie CHARREL :

« La mémoire a la subjectivité des rêves. Elle maquille les souvenirs. Par omission et reconstruction, elle habille a posteriori les faits des justifications nécessaires. »

 

Lequel d’entre nous n’a pas un jour nourrit l’espoir de vivre son rêve, n’a espéré rattraper sa jeunesse échappée, comprendre et réparer les erreurs du passé, envié la place d’une personne admirée, ou encore ardemment souhaité se retrouver seul, fuir la société envahissante ? Oui, lequel d’entre nous n’a-t-il pas un jour fait  ce vœu ? C’est l’incroyable expérience que vont vivre les personnages du roman de Marie Charrel. Quatre histoires. Quatre rêves réalisés.

Il y a Charlotte dite « Charlie », cette « gamine porte-la-mort » devenue une jolie jeune femme « tordue-bricolée » qui ne trouve pas sa place dans la société. Charlotte rêve d’espaces vidés de tout humain. Cachée derrière son appareil photo le jour, la photographe trouve refuge dans la solitude de son appartement le soir. Jusqu’au jour où tout bascule et  la ville se vide, laissant place nette à son désir intense de solitude. Julien, adolescent attachant, l’y accompagne. Ensemble, ils parcourent des rues sans vie et des villes fantômes, confrontés à des éléments du passé de Charlotte. Que signifient ces indices ? Que doit-elle en déduire ?

Il y a aussi Lorine, jeune fille introvertie, stagiaire dans un célèbre magazine hebdomadaire. Elle fait quotidiennement l’objet de brimades de la « Grande Catherine », la rédactrice en chef qui a fait d’elle son souffre-douleur. Lorine rêve. Elle rêve de devenir grand reporter, de ne plus être la « coureuse empêchée ». Elle aspire à devenir aussi grande et respectée que la Grande Catherine. Un matin, elle se réveille dans un appartement qui n’est pas le sien. Lorsqu’elle arrive au journal, la Grande Catherine a pris la place de la Petite Lorine, l’effacée, la rougissante, la soumise Lorine. Rêve ou cauchemar ? Leurs vies se sont inversées. Au début, Lorine s’affole, puis prend goût à cette nouvelle situation, jusqu’à tenter de prendre plaisir à humilier Catherine à son tour. Comme ça. Juste pour voir ce qu’elle peut ressentir à jouer la méchante. Le jeu tourne au drame.

Eric, lui, chirurgien de renom de trente-neuf ans, vit seul dans son luxueux appartement de Grenoble. Sa femme, Sarah, l’a quitté huit mois plus tôt. Il ne comprend pas, n’a jamais compris les appels de son épouse. Maintenant, au milieu de ses meubles de prix, face à sa réussite matérielle, il aimerait que Sarah lui laisse une autre chance. Il voudrait pouvoir comprendre ses erreurs afin de réparer. Un matin, c’est dans son lit d’adolescent qu’il ouvre les yeux. Il a de nouveau dix-sept ans. Dans un premier temps, désemparé, il choisit de mettre à profit ce retour au passé. Soutenu par sa maturité d’homme de trente-neuf ans, il va progressivement redécouvrir ses parents et affronter la vérité faussée par son regard adolescent de l’époque. Il retrouve également Sarah, la jolie Sarah, son unique amour de toujours. Et, pour la seconde fois, il fera l’amour pour la première fois avec sa future femme… fort de son expérience, dans d’autres conditions cette fois-ci…

Michèle, quant à elle, est enseignante à la retraite. Auparavant femme constamment tournée vers ses élèves et attachée à ses recherches, elle vit désormais un quotidien de retraitée banale envahie par le sentiment d’être passé à côté de l’essentiel, faisant toujours passer ses devoirs avant ses désirs. Depuis quelque temps, son médecin lui prescrit des pilules pour supprimer le cholestérol. Le cholestérol disparaît. Les rides s’effacent. Sur ses mains, les tâches de son s’envolent. Au fil du traitement, son corps s’affermit. Son esprit s’évade. Elle rajeunit. Elle revit. Elle, la raisonnable, la surdouée, l’acharnée au travail, se découvre inconséquente, avide de liberté, jusqu’à quitter son mari. Elle se débarrasse soudainement de ce qu’elle a mis soixante ans à construire… Pour qui ? Pour quoi ?

C’est avec habileté que Marie Charrel nous entraîne dans les histoires fantastiques de ces quatre personnages. Elle jongle de l’un à l’autre avec une facilité déconcertante, nous tient en haleine et nous fait espérer avec eux. Le rythme est soutenu. Elle nous amène avec adresse à nos propres aspirations. Nous ne pouvons rester insensibles à ce questionnement. Nous, que ferions-nous si nos rêves se réalisaient ? Serions-nous prêts à les affronter ? Avons-nous pensé aux conséquences possibles ? Nos chemins n’en seraient-ils pas changés ?

Et surtout, ne vaut-il pas mieux que certains rêves restent rêves… Ils permettent de nous maintenir dans la beauté et l’illusion.

MARIE BRETIGNY (2011)

 

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