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HISTOIRE DU SILENCE d'Alain CORBIN :

 

Alain Corbin aime aborder, en tant qu’historien, des thématiques fortes et originales. Lui qui a déjà publié “Le Miasme et la jonquille. L’odorat et l’imaginaire social”, “Les cloches de la terre. Paysage sonore et culture sensible dans les campagnes au XIX eme siècle” et “La douceur de l’ombre. L’arbre source d’émotion, de l’Antiquité à nos jours”. Cette fois il nous propose une approche du silence dans un très beau livre intitulé “Histoire du silence. De la Renaissance à nos jours.”
L’historien met d’abord en évidence que le silence n’est pas seulement absence de bruit. Aujourd’hui la peur voire l’effroi suscités par le silence montre un rapport inquiet ce dernier. Pourtant dans le passé, les hommes d’Occident goûtaient la profondeur et les saveurs du silence. Ils le considéraient comme la condition du recueillement, de l’écoute de soi , de la méditation, de l’oraison, de la rêverie, de la création ; surtout comme le lieu intérieur d’où la parole émerge.
Autrefois le silence témoignait de l’intensité de la rencontre amoureuse et semblait condition de la fusion. Il présageait la durée du sentiment. Désormais il est devenu bien difficile de faire silence ce qui empêche d’entendre cette parole intérieure que les générations d’antan guettaient. La société enjoint désormais de se plier au bruit afin d’être partie du tout plutôt que d’être à à l’écoute de soi. Bien sûr quelques randonneurs solitaires, des artistes et des écrivains, des adeptes de la méditation, des femmes et des hommes retirés dans un monastère, des amoureux qui se taisent, sont comme des voyageurs échoués sur une île de silence au coeur d’un océan de fureur et de bruit.
L’ouvrage d’Alain Corbin, très documenté, propose, outre des références textuels qui vont de Gaston Bachelard à Marcel Proust en passant par Julien Gracq et Victor Hugo ou encore Thérèse d’Avila, une passionnante approche iconographique comprenant des tableaux traitant le thème du silence. On y trouve, Piero Della Francesca De la Tour, Khnopff, Odilon Redon, Arthur Hugues, Magritte, Hopper.
A terme de notre lecture on mesure que la perte du silence est aussi celle d’une profonde intimité avec nous-même dans les petits et les grands évènements de notre vie. C’est un livre important car il souligne la rupture qui s’effectua au milieu du siècle dernier. Rupture qui vit le silence perdre sa valeur éducative et sa dimension méditative. Il nous rappelle aussi les vertus du silence, celles là mêmes qui sont à la base des plus grandes oeuvres artistiques et spirituelles. Corbin nous invite finalement à redécouvrir l’école du silence loin des écrans de l’hypermédiatisation et de l’incessant brouhaha dans lequel l’humanité d’aujourd’hui est immergée. Un livre important.

Appoline SEGRAN

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