Partager cette chronique:
La librairie.com Amazon Babelio Decitre Fnac Nolim Sauramps Mollat La Procure Ombres blanches
THE WHO de Christophe DELBROUCK :

 Christophe Delbrouck n’en est pas à son coup d’essai puisqu’il a déjà commis plusieurs ouvrages qui sont considérés comme des titres de référence par les connaisseurs. Musicien, écrivain et journaliste, c’est un rédacteur inlassable et talentueux à qui l’on doit Weather Report : Une histoire du jazz électrique (Editions Le mot et le reste), Carlos Santana et la danse des solstices (Editions Larivière/Rock&Folk), ainsi qu’une excellente série de bouquins sur Franck Zappa : Franck Zappa/Chronique discographique (Editions Parallèles), Franck Zappa et les mères de l’invention (Le Castor Astral), Franck Zappa et la dinette de Chrome (Le Castor Astral), Franck Zappa et l’Amérique parfaite (Le Castor Astral). Je ne veux pas non plus oublier une série de nouvelles plus littéraires franchement barrées qui en disent long sur le talent de notre scribe : Le nouveau Monde (Editions Périasaure).

 

   La présentation de l’auteur étant faite, il va sans dire que cet ouvrage qui ne compte pas loin de 380 pages a des trucs à raconter. Reconnaissons que le groupe est un bon client. Rappelons cette incroyable citation de Townshend et reprise par l’auteur en quatrième de couv : « Le groupe était censé refléter ce que le public ressentait. Si ça a marché, ça a été en surmontant des putains de difficultés. Nous étions tous horribles, laids, bruyants, négligés, arrogants : un groupe trous du cul, irrespectueux et intimidants. On a eu du succès parce que le public aussi était comme ça. » Il y a là beaucoup de vérités sur les WHO et pourtant le groupe ne peut non plus se résumer dans cette formule lapidaire. Le livre démontre qu’il s’agit d’un band assez complexe dont on peut effectivement se demander comment il a pu durer aussi longtemps.

 

 

 

Delbrouck ne cherche pas à édifier un panégyrique du groupe. L’œuvre musicale y suffit amplement. Il dresse un panorama passionnant du paysage whosien sans rien nous épargner des turpitudes des uns et des autres. Il divise son œuvre en 7 chapitres assaisonnés d’un épilogue. Le premier renvoie à la genèse du groupe où l’on apprend que les chats ne font pas des chiens, John Entwistle, Keith Moon et Pete Townshend sont tous trois issus de familles où la musique est pratiquée et tenue en haute estime. Seul Daltrey ne doit qu’à lui-même d’être devenu chanteur. Du point de vue de la connaissance musicale et de la vélocité, Entwistle dit « The Ox » est sans nul doute le plus doué de la bande. Tout commence vraiment au chapitre 2 (1964-1965) mais je vous recommande aussi le 4 avec la période Tommy et Woodstock, le 5 et l’élaboration de Who’s Next. Mon préféré restant le chapitre 6 qui traite entre autre de l’accouchement de l’album que je tiens – et là je ne pense pas seulement aux WHO - pour l’un des meilleurs qu’il m’ait été donné d’écouter : Quadrophénia !

 

 

 

Delbrouck traite l’épopée WHO comme une saga sans négliger l’anecdote qui rend la lecture de ces 380 pages tout à fait passionnante. Encore une citation de Pete à la page 94 pour vous mettre en appétit : « Nous étions complètement paranos et incroyablement jaloux les uns des autres. On n’arrêtait pas de se battre entre nous. Mais attention : si un type de l’extérieur venait nous chercher, alors là que Dieu lui vienne en aide ! On lui faisait la peau. En fait, les WHO prospéraient sur la paranoïa et la jalousie. Telles étaient les deux composantes de notre agressivité. » J’imagine que les mamans planquaient leurs filles sous leur lit quand ces quatre fous furieux passaient dans la rue…

 

 

 

La question du son reste évidemment l’un des points clefs de la redoutable efficacité du groupe. On apprend tout de même que Pete était obligé de faire soigner ses problèmes d’audition après chaque tournée. Pourtant le gaillard se refuse totalement à baisser le volume ou à porter des bouchons lors des concerts du groupe : « Si je me bouche les oreilles, rien ne va plus. La raison pour laquelle nous jouons si fort est que le volume me permet de perdre mes inhibitions. Hors de scène, je ne suis pas un cinglé qui saute sans cesse en l’air, comme je le fait sur scène. Si je peux faire des trucs dingues, c’est parce que le volume sonore me projette dans un état second qui me permet d’oublier complètement mon habituelle tenue réservée. Je suis un autre quand je prends les décibels en pleine tête. » Ceux qui ont assisté à un concert des WHO savent de quoi veut parler Townshend…

 

 

 

On peut tout de même s’interroger sur les raisons qui permirent au groupe de rester souder contre vents et marées malgré des individualités très indépendantes. Townshend donne une explication : « La raison pour laquelle nous n’avons jamais coulé, c’est que, de toute évidence, personne dans le groupe ne semble vouloir transgresser la tradition. Si quelqu’un parle de rupture, il doit vraiment se rincer la bouche à l’eau et au savon… C’est comme jurer dans une église […] Il y a eu déjà tellement de montagnes que ce n’est pas une nouvelle qui va nous empêcher d’avancer. » Ces quatre types se sont construits contre le reste du monde. Dès lors que quelque chose leur résistait, ils se ressoudaient aussi sec.

 

 

 

On pourrait continuer à picorer pendant des heures mais il faut savoir s’arrêter et laisser l’auteur nous prendre par la main. Lisez le bouquin, il est passionnant. Delbrouck mérite amplement sa licence de tour operator du rock.

 

 

 
 

Archibald PLOOM (2010)

 

 

 

Partager cette chronique:
Toutes Nos Chroniques
Rechercher par Auteur :