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L'ANNÉE DU LIÈVRE par TIAN :

 Phnom Penh, 17 avril 1975, année du lièvre, la ville est en émoi suite à la prise de la capitale par les Khmers rouges qui a vaincu la République Khmère soutenue par les États-Unis. Comme toute la population, la famille de Khim et Lina se regroupe, amasse ses biens et fuit la ville laissant derrière elle ses biens et souvenirs. Cette trilogie - 1. Au revoir Phnom Penh 2. Ne vous inquiétez pas 3. Un nouveau départ - constitue un témoignage autour la période la plus sombre du Cambodge et raconte l’expérience d’une famille vivant la révolution Khmer.

Les membres de la famille seront successivement menacés, séparés et dénoncés. Pour survivre, ils vont petit à petit se détacher de tous leurs biens, à la manière d’un Petit Poucet à rebours, échangeant leurs objets contre de la nourriture ou un service: les albums photos d’abord (pour dissimuler leurs origines), puis la voiture, les bijoux et même jusqu’aux vêtements.
De cet album se dégagent l’humiliation, la perte de la dignité humaine que les Khmers rouges ont fait subir à la population cambodgienne. Ce témoignage documenté et détaillé montre l’horreur de la déshumanisation du régime et son organisation perverse. Les différents rôles et les arcanes du pouvoir en place sont intégrés au récit, tel les schlops ces mouchards qui écoutent et dénoncent. La négation de l’individu est mise en évidence par la différenciation de classes, l’uniforme imposé (tenue noire et foulard rouge) et le manque criant de nourriture.
De nombreuses cartes et plans détaillés, viennent éclairer le lecteur pour préciser le propos. Tian à le talent de ne jamais verser dans le pathos malgré les épisodes tragiques. La légèreté et la justesse de son trait contrastent avec la gravité du sujet. Les couleurs douces divergent elles aussi avec ce parcours de réfugiés.
Tian a le courage de réussir un album sur sa famille et ses origines, peut être a-t-il réussi à se libérer du passé et réaliser la paix en ce récit? L’auteur remplit son devoir de mémoire pour donner voix et vie à ces corps étouffés et disparus par milliers dans les charniers. Il témoigne aussi et surtout pour les vivants, traumatisés par la fuite, la déshumanisation et l’incompréhension.
Au coeur de l’album et à de nombreuses reprises, l’auteur laisse une place non négligeable à l’Espoir. La famille va se retrouver à de nombreuses reprises dans l’impasse et par un heureux coup du destin fera des rencontres salvatrices.
L’auteur ne se contente pas de témoigner l’horreur d’un régime dévastateur, il brille par la narration, maîtrise l’art du récit en modulant la palette des émotions et des cadrages. Cette trilogie transcende le passé sombre du Cambodge et révèle à travers un parcours particulier la réalité d’un pays tout entier, qui comme le rappelle l’auteur demeure « le pays du sourire ».
MARIE SATOUR

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