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RIEN NE SE PERD de Cloé MEHDI :

Cloé Mehdi nous propose avec “Rien ne se perd” un roman noir qui ne vole pas son épithète. Cette jeune écrivaine n’a pas attendu les années pour démontrer un talent brut qui secoue le lecteur à travers une narration âpre et sans concession. Elle écrit caméra à l’épaule, suivant l’action au plus près et forant la psychologie des personnages avec un talent qui laisse présager une belle carrière à venir.
Le monde qu’elle décrit pourrait être transposé dans bien des cités de l’hexagone où toutes les villes finissent inéluctablement par se ressembler. Disons que “Rien ne se perd” ne s'inspire pas des centres ville aisés mais plutôt des banlieues profondes, ces zones interlopes où personne ne semble avoir la main sur le cours de son destin. Immeubles en mal de ravalements, cages d’escalier fatiguées, grands et petits trafics, contrôles de police itératifs. Cloé Mehdi ne nous épargne rien de ces territoires abandonnés de la République où un jour un contrôle de routine tourne mal. Saïd, quinze ans se fait dézinguer par la maréchaussée. Une affaire malheureusement classique de dérapage policier qui ne va pas en rester là.
Cloé Mehdi prend cependant une option littéraire novatrice, elle choisit de partir du regard d’un enfant de onze ans, le petit Mattia qui voit les cartes passer de main en main et qui essaie de comprendre à quel jeu jouent les uns et les autres. Il n’est pas bête ce gamin. Il a vite compris qu’il fallait prendre la réalité comme elle venait. “ Quand j’avais cinq ans, je me demandais pourquoi la vie était injuste à ce point. Quand j’avais sept ans je me disais que si elle avait été juste elle en aurait perdu tout son sens , car on ne serait pas poussé par l’espoir d’une amélioration. Quand j’avais huit ans je cherchais désespérément un moyen de réparer les torts - mais je ne l’ai jamais trouvé, la plupart des injustices sont irréversibles, c’est pourquoi elles sont tellement insupportables. A neuf ans, j’ai décidé d’arrêter de me poser des questions.” Reste que la réalité continue à dérouler ses ombres sur les murs tagués de la ville où chacun s'adapte à sa façon. A ce titre Mattia n’a pas forcément reçu le meilleur jeu : père disparu, mère ectoplasmique , un frère indifférent et une soeur qui rentre juste pour dormir quand elle rentre. On ne sait pas trop si cette entité sociale peut recevoir le nom de famille mais Mattia doit faire avec. Oui le monde est fou et on comprend vite comment Mattia s’est forgé sa petite philosophie de la vie.
Rien ne se perd” est un roman terrible, un Zola d’aujourd’hui où la détresse sociale vient tirer la folie des hommes par les pieds. On se demande ce que le mot justice peut encore vouloir dire quand la noirceur atteint une telle intensité. Mais une chose est certaine : on n'enterre jamais le passé ! Dans “Rien ne se perd” les héros sont montés à l’envers et le dénouement en dit long sur la désespérance implacable qui habite certains quartiers.
Archibald PLOOM

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