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DAY NUMBER 5 :

 Jeudi 7 Janvier 2016/ vendredi 7 Juin 1918 : Je note ce paragraphe dans mon carnet : « Adrian m’a dit une chose qui m’a amusée : c’est qu’il était positivement effrayé de voir le visage des gens sur la lande à Hampstead, « des espèces de visages de gorilles, d’orangs-outangs, parfaitement inhumains, terrifiants » et il a avancé les lèvres dans une grimace simiesque. Il attribue cela à la guerre (...). Peut-être est-ce l’horrible sentiment de promiscuité engendré par la guerre, cette impression que nous sommes tous enfermés ensemble dans un wagon de troisième classe, qui attire plus étroitement l’attention sur le côté animal de l’être humain. On a prétendu l’autre jour à Léonard que les raids aériens étaient effectués par des femmes. Qu’on a retrouvé des corps de femmes les épaves d’aéroplanes. Elles sont plus petites et plus légères, et laissent ainsi plus de place pour les bombes. C’est peut-être de la sensiblerie, mais il me semble que cela ajoute encore une touche particulière d’horreur. » Je recopie consciencieusement ces phrases le jour des commémorations des attentats de Charlie Hebdo. Au moment où, les images des otages de l’Hyper Cacher, comme ceux du Bataclan, me reviennent. Il n’y a rien à retrancher à vos propos, chère Virginia. Je pourrai les glisser dans une conservation et attendre les réactions. Certains feraient sans doute un parallèle avec les femmes Kamikazes, qui passent plus inaperçues que des hommes. Vos images, d’orangs-outangs, de wagon troisième classe, font réfléchir. Le danger est, chaque fois, de laisser le côté animal, vil et grégaire reprendre le dessus. Déclarer la guerre, l’état d’urgence, la déchéance de nationalité, entraîne dans cet enfermement, cet horrible sentiment que vous dénoncez et qui éloigne de la lutte réelle. Votre sursaut aristocratique, dénonçant cette fameuse agglutination en troisième classe, pourrait être mal interprété. Je crois, au contraire, que vous défendez la grandeur de l’humain, à ne pas succomber à la peur, aux réactions instinctives, à sortir du lot, à relever la tête. Ces faces de gorilles qui se promènent sur la lande de Hampstead ne manquent pas de drôlerie. Hampstead est le quartier le plus huppé de Londres. Votre revendication aristocrate n’est donc pas du côté du social car ces personnes, upper class, s’abaissent, elles aussi, à porter leur masque animal. La lecture de votre page en ce 7 janvier 2016, date « particulière d’horreur », liée désormais au meurtre barbare de toute une rédaction de journalistes, vient réveiller l’incongruité de certains comportements contemporains. La montée du vote FN serait à ranger dans votre wagon de troisième classe, façon de répondre à une situation cruelle en s’enfermant dans la promiscuité malsaine, pour un voyage bas de gamme. Il faut relever nos manches, plutôt que de laisser monter l’illusoire sentiment d’appartenance identitaire, qui cache mal un manque de courage républicain qui serait, pour le coup et non sans humour, aristocratique. Vos lignes sont autant de coups de fleuret, cette fameuse lame garnie à son extrémité par un bout de peau, qui permet de s’entraîner à l’escrime sans se blesser. Elles aiguillonnent notre bien-pensance, sans trop nous heurter, tout en nous poussant à résister. Elles forcent à raison garder. Quand on compare notre époque, qui se déclare en guerre, à la vôtre, il faut avouer que nous ne parlons pas de la même chose. Adoptons la nuance et notre esprit s’allègera ! D’ailleurs, la fin de votre page ouvre sur une note légère avec cette soirée passée à l’opéra pour voir La Flûte Enchantée. Vous affirmez avoir trouvé « l’humanité meilleure ». Il est temps que nous nous attelions à multiplier ces lieux d’« humanité meilleure », à les faire connaître, à poser des contrepoints, à défaut de contrepoids. Citons pour aujourd’hui, l’ouverture des mosquées au thé de la fraternité, la marche du 11 Janvier 2015, la naissance d’un comité de vigilance citoyenne. 2016 devient comme un possible. Malgré la complexité de ces rassemblements, nous tentons de poser le pas suivant, même s’il n’ira jamais de soi.

Chère Virginia, vous allez me rendre optimiste !

Marcelline ROUX 

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