Partager cette chronique:
La librairie.com Amazon Babelio Decitre Fnac Nolim Sauramps Mollat La Procure Ombres blanches
78 MOINS 39 de Corinne LOVERA VITALI :

 Corinne Lovera Vitali nous propose avec ce “78 moins 39” un court texte composé de non moins courtes séquences textuelles et cette micro textualité produit de surprenantes compositions où le langage se joue de lui même. Trente neuf ans c’est l’âge de la narratrice au moment où elle écrit et soixante dix huit ans est celui de son père au même moment. “(…) la fête de mon père trente neuf fois et lui, soixante dix huit moins trente neuf égalent trente neuf, lui autant de temps sans moi pour fêter sa paternité qu’avec moi et mon bonne fête papa, mais il ne faut pas oublier mes deux premières années, il ne faut pas en profiter pour déclarer que mon père est resté autant de temps sans moi qu’avec, d’autant que l’heure tourne et que mon père est encore là, que je suis encore là, bien sûr nous pourrions arrêter de compter ensemble mais il est plus probable que l’un d’entre nous continuera de compter seul les années sans l’autre (…)” Corinne Lovera Vitali n'aime pas les points qui arrêtent le flux des mots, elle préfère les caressantes virgules, tout à la fois pauseuses et relanceuses. Et puis le tragique, derrière des situations qui peuvent paraître anecdotiques, n’est jamais très loin. Les questions de la temporalité et de l’enfance perdue sont récurrentes et viennent se glisser dans les interstices de textes qui surprennent comme un récit d’enfant :” J’ai mangé des bananes dans la cabane , j’ai mangé des mûres que j’ai payées avec des pierres , de la boue sèche, des poires dures comme des pierres payées avec des feuilles, j’ai mangé des noix vertes payées avec des herbes, j’ai sucé des coucous payés avec des pâquerettes (…)” Enchâssement des situations, des verbes et des mots comme un jaillissement d’eau fraîche au plus près d’une source. On pense à Colette quand la nature sature le texte mais on pense aussi tout simplement à notre vie quand certains mots surgissent : banania, Billy le kid, Nobody, amigo…. Comme autant de signes indiens qui gardent des secrets dans le creux du sens.

“78 moins 39” n’est pas tout à fait un recueil sans être vraiment autre chose : peut-être un texte qui n’en finit jamais de circuler à l’intérieur de notre esprit comme une comptine obsédante. “ (…) grandir, vieillir dignement qu’est ce que c’est ? je suis née dignement, déjà je suis née. (…)” C'est vrai quoi ! On n'y pense jamais mais déjà on est nés ! Ce déjà il compte quand même sacrément....

Archibald PLOOM

© Culture-Chronique --                                                

--  Les chroniques littéraires Culture-Chronique

--   S'inscrire à la Newletter  

--  Le twitter CULTURE CHRONIQUE

Partager cette chronique:
Toutes Nos Chroniques
Rechercher par Auteur :