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PLEIN EMPLOI de Jean-Claude PIROTTE :

  Un recueil inédit de Jean-Claude Pirotte qui nous a quittés en mai 2014 vient d’être publié par les éditions du Castor Astral. Malgré la mort qui rôde et se fait très présente, ce recueil est empreint de vitalité et d’humour. Ce carnet, commencé à la mer du Nord en janvier 2010, et continué dans le Jura, a été achevé à la mer du Nord le 20 octobre 2011. Plein emploi se situe dans la lignée de Cette âme perdue et Gens sérieux s'abstenir, pour constituer une sorte de triptyque marqué par une ironie mélancolique que le titre du dernier opus suffit à annoncer.
D’une apparente simplicité, la poésie de Jean-Claude Pirotte (1939-2014) est faite de mots courants régulièrement parsemés d’un substantif rare comme ici :

[…] en grand apparat vêtue de falbalas
armée de faulx en plastique
et de ses faux grands yeux d’impala
et de ses vrais appareils numériques […] (p. 63)

[…] respectés ou sournoisement
détournés jusqu’au procès
de bornage ou d’usucapion
c’était le temps des longs soirs […] (p. 125)

Sans ponctuation ni majuscule, hormis pour les nombreux noms propres qui font penser à un name dropping lettré par lequel le poète n’hésite pas à citer les pairs qui l’influencent et de préférence dans des vers courts, de sept ou six syllabes, Pirotte est le poète du quotidien triste et des petits riens qu’il saisit comme des instantanés :

les maisons du faubourg
tremblent dans la lumière
une fille en jupons
se cabre à la fenêtre

entre deux pavés bleus
pousse un champignon blanc
l’enfant qui s’en approche
lance un cri de Sioux (p. 123)

Mais des sujets rares en poésie comme le casino ou tout du moins le jeu, dans la section « la main passe » provoquent la surprise par leur énergie, en fort contraste avec la tonalité majeure du recueil, faite d’un équilibre entre l’ironie et la mélancolie:

cet homme qui regarde
les écoliers jouer
au ballon devant sa fenêtre
pense à sa mort prochaine

il se promet toujours
d’écrire un testament
mais à la réflexion comprend
qu’il n’a rien à léguer (p. 120)
L’ancien avocat en cavale après avoir exercé dans son pays natal, la Belgique, de 1964 à 1975 ne donne ici une autre image que celle qu’on lui connaît, à savoir celle du poète des soirées avinées et des matins brumeux mais plutôt ici celle d’un homme sensibles aux paysages et aux sensations traversés, celle d’un poète aux vers très peu esclaves de la rime mais hantés par le passé et la (peut-être) nostalgie des temps anciens.

Romain LABROUSSE

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