QUELQUES ROMANS Une Chronique de Vincent EDIN :

 Ce sont enfin les vacances scolaires, je suis donc temporairement dégagé de mes trois journaux quotidiens, moult podcasts et surtout de la lecture compulsive des essais. Je peux donc me contenter de deux journaux et retourner avec joie aux romans. Mais je ne me fais pas confiance: si je retourne dans une librairie, je vais assurément faire l'emplette du dernier Kempf, d'un Todd et autres Padis, bref ma fringale d'essais n'est pas passée. Je suis donc allé joyeusement piller les rayonnages parentaux avec l'assurance de tomber sur des opus qui ne sont pas en tête de gondole.

J'ai commencé avec "Cadet la Rose"; des nouvelles d'Albert Vidalie. Pour qui aime le genre bien particulier, il sera charmé par un style très pur. Une plume vive et jamais prétentieuse qui adapte Fanfan la Tulipe en Cadet la Rose dans les campagnes, opposant révolutionnaires et monarchistes et prend le point de vue des maquisards. Il parle avec la même aisance de faim, d'amour, d'ennui ou de joie. Avec son air lunaire (c'est le monsieur en médaillon) il redescend un peu pour nous livrer des histoires très aériennes...

J'ai enchaîné sur "Les petits enfants du siècle" de Christiane Rochefort. D'elle, je n'avais lu que "La porte du fond" et dès les premières pages, je retrouve ce ton très heurté, ce découpage sentimental au scalpel.C'est une gamine d'une famille nombreuse qui parle, elle veut vivre. Elle est follement amoureuse d’un mauvais garçon, mais connaîtra l'amour avec des hommes de passage dont un homme marié. Tout est très clinique, évitant avec maestria les deux écueils principaux: voyeurisme et misérabilisme. On suit la gosse, on vibre avec elle, nous nous révoltons de la voir cantonnée à des tâches domestiques car née femme. Question d'époque. Le livre est de 1961, à 10 ans près, elle nous livrait son "Elise ou la vraie vie" à elle. Cela ne fait rien, Etcherelli l'a magistralement fait et l'on peut lire ces deux oeuvres pour se rappeler ce que 68 a apporté aux jeunes femmes (envoyer  à MAM qui risque d'avoir du temps libre...). 

Après cette tristesse, je voulais rire. Un rire léger, fin, un brin désabusé. Pas vraiment jaune non plus, assez narquois en somme. Pour ça, je sais que les éditions du Dilettante m'apportent souvent la réponse. 

C'est l'avantage des petites maisons intelligentes: la cohérence du catalogue. Ne la cherchez pas dans le Galligrasseuil, entre les jeunes talents repérés, les copains, les transferts ou les marquis poudrés de l'Académie, vous ne trouverez pas une patte. Chez Minuit ou POL en revanche, pas de souci; au Dilettante itou et je ne dis pas cela que pour "Hors Jeu" de Bertrand Guillot.

Là, dans "Le Front russe" de Jean-Claude Lalumière, on retrouve un protagoniste pris dans un univers professionnel auquel il n'entrave que pouic, avec des parents falots qui lui ont transmis des idéaux ternes (être cadre de catégorie B) et une vie sexuelle un peu misérable. On se gondole quand il parle à son chef, expose ses connaissances diplomatiques et se noie dans des situations improbables. Car le jeune homme a réussi son concours au ministère des Affaires étrangères car il voulait voyager depuis qu'il collectionne le magazine Géo . Le directeur s'appelle Boutinot et rien qu'à cela on se l'imagine avec plastron et rhumatismes. Boutinot lui impose toujours des missions rocambolesques, au travers desquelles notre jeune héros va entrevoir la promotion avant de retomber, car il en va souvent ainsi des héros du Dilettante: losers attachants, ils ne remportent pas leur quête Quichottienne... Mais ils nous laissent en refermant le livre, un délicieux sourire.

Pour finir, je me suis rapproché d'un auteur que je connais bien. Patrick Pécherot. Plume de la CFDT (personne n'est parfait), et auteur de quelques excellents polars dans la Série Noire, notamment "Barcelone-Belleville". Pécherot campe rapidement et brillamment les décors dans différentes époques, jongle avec les registres et fait dans le noir dur sans nous abreuver d'hémoglobine. J'attendais donc "L’homme à la carabine" avec d'autant plus d'impatience qu'il est question de la bande à Bonnot, de l'anarchisme, d'une période de l'histoire que j'affectionne. Mais hélas, quintuple hélas, le louable parti pris -prendre un personnage secondaire, André Soudy, et lui donner vie- vire au casse-tête pour l'auteur.

Pris dans son envie de parler de la bande à Bonnot, sans vouloir en retracer toutes les épopées, il change de focale toutes les pages et le mal de crâne nous guette. Quant au style, un peu d'argot ça va, mais là Pécherot se caricature à l'excès. On dirait ce sketch des Inconnus, le cultissime "Pas de  bégonias pour les caves": http://www.youtube.com/watch?v=-FEXrDzInfE 

Quand c'est Légitimus, Bourdon et Campan et surtout pendant 2 minutes, je me marre comme une baleine, mais 267 pages de cet acabit, c'est indigeste. Je vous conseille donc joyeusement Pécherot, premières œuvres, en Folio Policier et on verra pour le prochain.

Vincent EDIN (2011)

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