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SEANCE 6 : CULPABILITE :

 Je ne savais  pas comment présenter la chose.

Avec son air de bonne sœur, elle allait sans doute me juger, qui sait ? Me condamner.

Elle avait mis le sujet de ma mère sur le tapis.

Je n’avais pas très envie d’en parler.

Qui a envie d’avouer qu’il a mis sa mère dans une prison dorée, une maison de retraite pour vieux ?

C’est une condamnation sans peine répressive, sans amnistie possible.

Je me persuade que c’est mieux pour elle.

Elle est dépendante, elle ne marche plus.

Son goût immodéré  du matériel  avait transformé sa maison en caverne d'Ali Baba. Impossible de s’y déplacer sans se cogner. Un jour, elle est tombée dans sa cuisine entraînant dans sa chute  une affreuse table en fer forgé et plateau en marbre. Triple fracture du fémur à 82 ans, on s’en remet mal, surtout en passant par les mains d’un mauvais chirurgien qui complique l’affaire.

Moralité : chaise roulante, mobilité très réduite.

Décision à prendre.

Elle s’en remet aux autres comme toujours, elle n’a jamais été une femme à anticiper, elle était plutôt femme princesse aux pensées magiques.

J’ai hésité longuement. Et si je la prenais chez moi ?

Avais-je le courage d’en faire un sacerdoce ?

De me sacrifier ?

Etais-je un monstre d’égoïsme ?

Ma voisine a gardé 10 ans sa mère chez elle.
Elle me disait : «  Alicia ne cédez pas , ne faites pas ça, votre vie serait fichue , ce serait un enfant à charge sans les joies que procure un enfant.

Ne vous gâchez pas la vie ! Croyez-moi.

Je suis passée par là, elle a fini dans mon lit et nous sur le canapé du salon. »

Pourquoi en sommes-nous arrivés à parquer nos anciens loin de nous ?

J’aime ma mère. J’ai besoin de la voir.

Je ne suis pas préparée à sa déchéance.

Une tache sur sa jupe me signifie, qu’irrévocablement la vieillesse s’installe. Je ne peux pas la chasser. Il me faut l’apprivoiser.

J’ai souvent envie de fuir mais je vais la voir plusieurs fois par semaine.

Parfois, en remontant dans ma voiture, je pleure.

Elle ne me reproche rien.

Seule je me condamne et j’essaye de me pardonner.

Alicia RAHO (2011)  Texte tiré de "Monologue avec mon Psy"

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