Partager cette chronique:
La librairie.com Amazon Babelio Decitre Fnac Nolim Sauramps Mollat La Procure Ombres blanches
DAY NUMBER 8 :

  7 février 2016 / 7 Mars 1919 : Votre 7 mars 2016 est un jour d’arrachage de dent. Bizarrement, vous n’évoquez aucune douleur, vous êtes seulement fascinée par les sensations de l’anesthésie. Je devrai en parler à mon amie qui doit subir la même épreuve. Elle pourrait trouver votre expérience rassurante et son comprimé de Xanac deviendrait superflu. Qui sait, à quel point, la lecture de Virginia peut encourager ? J’avoue toutefois être restée sur ma faim à lire votre demie page du 7 mars, trop courte, trop allusive. J’avais besoin, en cette fin d’après-midi dominicale, de plonger plus longuement dans votre monde. J’ai donc triché et j’ai lu les pages précédentes du 5 mars. J’ai renoué avec votre vivacité. Vous rendez visite à votre soeur Vanessa. Elle pouponne au milieu d’une maison où tableaux, biberons, et chats se côtoient dans un joyeux désordre. Surtout, vous rêvez de maison et de celle inaccessible d’Asheham. « La nécessité de trouver un logis est une réelle source de plaisir ».

Vous avez abandonné l’idée d’une maison bourgeoise et vous parcourrez la campagne. Vous parlez déjà de Rodmell. Je sais que vous êtes sur la bonne piste. J’aime comment vous décrivez les demeures : les allées, la vue, le soleil et tout ce que vous pourriez faire pour les rendre agréables. Dans le chaos de Charleston, la maison de votre soeur, tout semble léger, même les difficultés. Je ne sais si c’est votre regard qui sous-entend cela ou si votre Nessa avait le don de traverser les tourmentes, sans en être affectée. Je crois que vous avez toujours idolâtré Vanessa et mésestimé votre force. Ce ne sont pas les enfants qui ont occupé vos journées soit, mais votre programme de lecture du jour entre Joyce, Pound, Dickens, Eliot et Hardy suffirait à remplir une vie entière. Il n’est pas simple, même pour une intellectuelle comme vous, au coeur du groupe des artistes de Bloomsbury, aux côtés de Léonard, d’accepter votre singulière existence. Le spectacle des cuvettes et des bavoirs doit renvoyer, en creux, à votre intérieur domestique où, l’encrier cassé, à remplacer, prend plus de place que les couches à laver. Votre ton n’en trahit rien : c’est moi, en lectrice perfide, qui trahit. Même votre tour en bicyclette sous une pluie diluvienne dessine en contrepoint une solitude face à l’abondant désordre de Charleston. Pourtant, chère Virginia, c’est à vos côtés que maintes lectrices aiment traverser la campagne anglaise, aiment rêver le choix d’une demeure, élaborer de gargantuesques programmes de lecture. Votre soupçon de désarroi au milieu de l’agitation de la maisonnée Duncan Vanessa me touche profondément. Vous ouvrez une brèche sensible. Votre persévérance, votre avancée, votre quête sont autant de pistes ouvertes. Sans le savoir, vous me redonnez l’énergie de chercher un logis. Léonard a raison quand il dit qu’« il est facile de vouer un culte à une maison » et que vous avez tort de vous attacher à cet Asheham perdu. Votre démon vous pousse justement à vous lancer dans du nouveau. Cela me ragaillardit. Après tout, s’il me faut quitter ma maisonnée et son salon rouge, je me coulerai dans vos pas et chausserai votre regard pour savoir choisir un lieu qui sache prendre le soleil et que je saurai rendre agréable. Plus besoin d’agent immobilier quand vous m’accompagnez. Décidément, vous encouragez doublement : à ne plus avoir peur de se faire arracher une dent et à ne plus craindre de déménager. Vous bousculez mes idées reçues. Je ne sais finalement ce que je redoutais le plus avant d’avoir lu vos pages : le dentiste ou l’agent immobilier ?  Faut-il qu’il y ait un lien entre ces deux professions ? J’avoue que la question n’a pas fini de me  poursuivre. Je promets de m’endormir en tentant de solutionner cette problématique qui ne manque pas de piment. Merci à vous, Virginia, de m’extraire de mes tristes angoisses domestiques. 

Marcelline ROUX

© Culture-Chronique --                                                

--  Les chroniques littéraires Culture-Chronique

--   S'inscrire à la Newletter    

--  Le twitter CULTURE CHRONIQUE 

 

Partager cette chronique:
Toutes Nos Chroniques
Rechercher par Auteur :