
Il y a des jours avec et des jours sans...
Mon téléphone était déchargé au moment où j’ai réalisé que j’avais crevé sur un parking.
Heureusement il ne pleuvait pas, maigre lot de consolation, mais, dans ces cas là, on se réjouit de peu !
J’ai marché jusqu’à une station-service pour acheter un prêt-à-monter anti-crevaison, c’est la seule chose que j’étais capable de faire, repérer le bouchon de la valve sur la roue, visser l’embout de la bombe et transvaser le contenu. Ensuite rouler jusqu’au garage en priant pour que cela tienne.
Évidemment un samedi après midi, le garage près de chez moi était fermé.
Alors je suis rentrée à la maison comme si de rien n’était.
Je savais que ce n’était pas un mauvais rêve et que le lendemain en me levant j’allais retrouver mon pneu à plat.
Les pensées magiques ne suffisent pas dans ces cas-là.
Pourquoi suis-je incapable de changer une roue ?
Il faut dire qu’avec la machine à visser les écrous dans les garages, les roues ne risquent pas de s’envoler, et ce n’est pas avec ma force de crevette que je vais rivaliser avec ces robots.
Comme je ne suis pas bâtie comme robocopwoman cela ne changerait rien que je sache ou non changer une roue !
Il y a des années quand je crevais, il y avait toujours un charmant jeune homme qui s’arrêtait, pour me prêter main-forte.
Maintenant non.
Je préfère penser que c’est un fait de société, l’égalité des sexes nous vaut de devoir nous débrouiller plus souvent toutes seules.
À la caisse, au moment de payer, le client qui était derrière moi, m’a gentiment expliqué qu’après avoir utilisée cette bombe du diable, mon pneu serait mort et qu’il faudrait en acheter un neuf. Mais il n’a pas proposé ses services pour sauver mon pneu en changeant ma roue !
Son sourire disait « Faible femme quand ça vous arrange… »
Moi je ne suis pas contre le fait que l’on me tienne la porte et que l’on change ma roue !
Je n’y vois aucun signe de soumission ou d’aliénation.
C’est fou comme une simple réflexion de ma psy « Vous pensez quoi de l’égalité des sexes ? » a pu faire remonter tout ça.
Un vrai sujet de bac et une vraie question identitaire.
La prochaine fois, une fois rentrée à la maison, je ne refilerai pas à mon mari le problème à régler.
Je m’en chargerai !
ALICIA RAHO (2011) Texte tiré de « Monologue avec mon Psy© » avec l'autorisation de l'auteure
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