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DAY NUMBER 16 :

14 avril 2016 / 14 février 1922 : Je voulais absolument écrire une chronique un 14 avril, date anniversaire de la mort de Simone De Beauvoir car vous auriez eu des choses à lui dire. Je vous trouve pourtant, chère Virginia, installée « en grande pompe » dans votre lit au milieu du salon. Votre pouls bizarre a « passé les bornes de la raison » et votre médecin vous a condamnée derechef à vous aliter. Vous n’abandonnez pas la partie et composez un défi de lectures à faire pâlir les biens portants : Moby Dick, La Princesse de Clèves, Walter Scott, puis quelques bouchées par-ci par-là, de la biographie de Tennyson. J’espère que votre pouls suivra la cadence et s’en trouvera ragaillardi. A votre programme de livres s’ajoute un programme de rencontres : Adrian, Lytton, Otarie, Molly et Nelly se succèdent à votre chevet et déclenchent illico quelques portraits croqués par votre plume. Côté femmes, vous comparez la conversation des deux dernières à « une sorte d’exercice musculaire, car elles ne disent pas grand-chose mais répètent toujours les mêmes phrases encore et encore ». Vous appréciez au contraire les premiers venus. Adrian vous paraît « si heureux. Il n’a pas besoin d’illusions pour se protéger. Il voit les choses telles qu’elles sont. »  Tout comme Lytton et Otarie, ces amis comblent très agréablement votre temps de malade. Vous parvenez même à écrire, installée au coin du feu, tandis que Léonard déguste son plateau-repas sur un tabouret, que « c’est la maladie sous son meilleur jour ». « Tout cela n’est que divertissement et bon (...) » Vous espérez même que cela « fertilisera, à la manière des feuilles mortes, votre cerveau ». Bref, le ciel est bleu malgré tout. Jamais vous ne sombrez dans l’apitoiement, mais continuez à fouiller du côté des forces vitales que sont les livres et les conversations entre amis. Votre page fait raccord avec mes dernières lectures, qui forment une petite pile instable à côté de mon lit. Je pourrais constituer un nouveau rayon dans ma  bibliothèque, nommé, comme le suggère une amie, « Premiers soins, trousse de secours ». J’y glisserais tous ces auteurs qui abordent la maladie de façon joyeusement décalée, ou tout au moins, dont les livres ressourcent ce fameux élan vital. Les lecteurs hésitent parfois à frayer avec ces pages : peur de perdre le moral, de faire surgir des angoisses, de perdre l’insouciance illusoire de leur bonne santé. Ma petite pile les convaincrait du contraire. Certains auteurs font don de leur traversée et aident à toucher du doigt le précieux de nos instants. Vous êtes bien évidemment, chère Virginia, experte en la matière. Sachez que certains de mes contemporains continuent de percevoir ces souffles d’air malgré la tourmente. Chacun pourrait s’amuser à constituer son rayon « premiers soins ». Je vous livre en vrac les titres qui gisent près de mon oreiller : Tendres Rumeurs de Dominique Sigaud. Cette baroudeuse, reporter de guerre, dévoile sa découverte du cancer dans une construction textuelle, proche du télescopage. Tout est tendu, fougueux même, pour dire ce qui se passe entre elle et le monde, ce que signifie la vie, quand on perd sa mère, «  à l’heure où deux pauvres types fous de vengeance ont hurlé » en décimant les journalistes de Charlie Hebdo, à l’heure où des terroristes nous hurlent « à nous tous ». Dominique Sigaud parvient à dire que « le Réel, c’est quand ça cogne ». Vient ensuite le Bleu d’octobre de Françoise Ascal et son écriture qui tisse de livre en livre, un « métier de vivre », une quête de clarté, une volonté « de repousser les ténèbres » par un travail de mise en ordre de soi, comme le souligne très justement Antoine Emaz dans sa note de lecture sur Poezibao. Son retour à la nature vient chaque fois ponctuer les fragments de sa prose, comme s’il fallait ne jamais lâcher le vert de la terre ni le bleu du ciel, pour sentir notre juste place. Je poserais à côté A travers la vitre de Sosêki et ma trousse de survie serait efficace. Merci Virginia d’avoir suscité ces remèdes littéraires, j’espère tout de même vous retrouver en meilleure forme lors du partage de notre 17ème jour de vie.

Marcelline ROUX

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