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LES SALAUDS DEVRONT PAYER d'EMMANUEL GRAND :

   Après l'excellent de "Terminus Belz", le second polar d'Emmanuel Grand " Les salauds devront payer" confirme qu'il fait partie des meilleurs écrivains du genre. Il suffit de lire les premières pages de son roman pour se retrouver en plein coeur des guerres coloniales françaises : l'Indochine puis l'Algérie. Emmanuel Grand ne nous épargne aucun détail, il prend son lecteur en otage, l’obligeant à assister à des scènes de guerre que personne ne souhaiterait vivre ou même voir.

"Les salauds devront payer" plonge ses racines dans ce passé inavouable, celui de militaires pour le moins efficaces et zélés. Des hommes persuadés que leur cause était la seule, qui ont souhaité la mort du général de Gaulle et qui appelaient les vietnamiens les " nhàqués" et les algériens "les bicots". Un autre monde dont on n'a guère conservé la mémoire plus d'un demi siècle après les faits ; une France dont, en vérité, personne n'a vraiment envie de se souvenir sauf peut être quelques nostalgiques de l'OAS.
C'est sans doute la force du roman d'Emmanuel Grand qui rouvre les vieilles blessures de l'histoire au coeur d'une petite ville du Nord de la France, Wollaing, entre Douai et Valenciennes. A priori aucun lien entre Wollaing et le passé colonial de la France. La cité se meurt gangrenée par le chômage au point que le docteur Vanderbeken soigne gratuitement certains patients incapables de pouvoir régler leur consultation. Mais la misère a aussi ses anges noirs comme un certain Freddie Wallet qui sait mettre la pression sur les ménages endettés pour récupérer les impayés au profit d'un organisme de crédit. Ce n'est pas parce qu'une ville meurt que les gens arrêtent de vivre... Mais quand une toxico harcelée par Wallet mais dont Vanderbeken prenait soin, est retrouvée morte assassinée, l'opinion n'est pas longue à en faire de Wallet le coupable désigné. Une très sale affaire pour le commandant Erik Buchmeyer et le lieutenant Saliha Bouazem d'autant que Wollaing, qui s'est totalement désindustrialisée, est aussi devenue la plaque tournante d'un important trafic de drogue.
L'écrivain nous entraîne avec un réalisme inouï dans un récit où les friches industrielles sont le seul horizon d'une population défaite. Le temps des grandes luttes syndicales est loin et les belles années de l'usine Berga, le fleuron de la ville des année 70, se sont fracassées au fond d'une ruelle crasseuse. Le roman nous rince comme une pluie de grésille qui viendrait s'insinuer sous nos vêtements au point de nous glacer le sang. Emmanuel Grand à quelque chose d’un Zola qui aurait ramassé un calibre sur une scène de crime. Ses deux flics sont très crédibles et leur enquête est aussi noire qu'un puits de mine. L'une des qualités de Grand est d'être arrivé à garder le côté haletant du thriller tout en conservant l'épaisseur du roman social qui donne une incroyable densité à son récit.
Buchmeyer et Bouazem vont devoir retisser les fils d'une affaire où les apparences sont toujours trompeuses et où le passé est encore peuplé d'ombres peu recommandables qui ne sont pas sans lien avec les assassins du présent. Du très grand art !

Archibald PLOOM

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