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NAULLEAU SAUVE DES EAUX :

Soyons clair ! Eric Naulleau n’est pas vraiment le genre de type avec qui j’apprécierai de passer mes vacances. D’abord parce que j’ai horreur de m’encombrer, ensuite parce que le bonhomme m’a toujours paru un tantinet infréquentable. Certainement un de ces premiers de la classe qui font les malins en sabrant les moins doués qu’eux. Un de ces quidams qu’on évite dans la cours de récré de peur de se faire occire par une de ces formules qui font mouche et qui font mal. Le spécialiste de l’éreintement qui, avec son ami Jourde – pas mauvaise plume celui là  non plus – dénonce tous les mauvais littérateurs, et dieu sait qu’il y en a ! Profession Zorro ! Gardien de la littérature, du beau style et des œuvres sublimes, s’il en reste. Se prenant pour Voltaire, égaré dans les couloirs de la télé avec un pistolet à eau à la ceinture. Il arrose, il arrose notre Naulleau… Il a au moins démontré que le vice paie. Soyez méchant, cruel et sans pitié ! Voyez comme je suis en colère, comme je rage, comme je trépigne ! Il sait, lui, ce qui est bon. Tonton flingueur de la nouvelle bonne conscience littéraire, gagnant plus en éreintant à la télé qu’en éditant de bons livres – je suppose qu’ils les considèrent ainsi - qui ne se vendent pas ! Destin terrible de l’intellectuel qui trahit son idéal en allant faire le malin dans une émission où l’on se fout de la gueule de tout le monde, et où le rire est obligatoire même quand ce n’est pas drôle. Paradoxe d’une époque où les donneurs de leçons auraient plutôt à en recevoir. Je ne regarde plus ces émissions. J’ai compris que les Naulleau de tous poils allaient se multiplier comme les Rhinocéros de Ionesco. Ce type a été pourtant un jour professeur de Lettres ! Finalement, soyez odieux et vous multiplierez votre salaire par trois ou quatre. Voilà ce qu’on fait de la pensée aujourd’hui, une péroraison creuse devant des millions d’addicts à la bêtise généralisée. Naulleau fait partie de ces gens avec qui il ne faut pas se fâcher parce qu’il passe à la télé… On est désormais très loin de « La recherche du temps perdu…" 

Il me semblait donc qu’on ne pourrait – à mes yeux évidemment - sauver le soldat Naulleau empêtré dans ses molletières et son barda de vieux grognard sur le retour. 

Et bien, je me suis trompé ! Naulleau n’est pas qu’une triste créature médiatique ! Un traitre à la cause littéraire ! Non. C’est aussi un homme avec un vrai cœur de rocker ! Son dernier livre PARKEROMANE le démontre, et de fort belle manière. Eric Naulleau est un fondu de Graham Parker ! Inutile de dire que ça redore proprement son blason éclaboussé par tant de turpitudes médiatiques. Mais qui est Graham Parker, diront certains ? Et oui, cet excellent guitariste et chanteur ne fait plus guère la une des journaux. Et pourtant !

Pour les ânes bâtés qui ne connaissent rien de cet immense et talentueux compositeur, je vous glisse une petite bio rapide. Graham Parker est né en 1950 à Londres, a été Mod dans sa jeunesse – comme moi, mais lui, comme je me tue à le répéter quand il s’agit d’un briton, est né du bon côté de la Manche ! Il a ensuite flirté avec le mouvement hippie avant de revenir en 1976 à la veste à rayures et au pantalon serré. Il sort coup sur coup deux albums avec son groupe les Rumours : « Howlin’Wind » et « Heat Treatment » de facture rock-soul. Suivront en 1977 « Stick To Me » et le live « The Parkerilla » en 1978, et « Squeezing Out Sparks » en 1979. Les titres sont généralement d’une grande intensité alliant raffinement et efficacité. Graham Parker est un besogneux inspiré dont le style dépouillé vous atteint à la vitesse d’un missile de croisière. On l’a comparé aux Stones, à Dylan, à Van Morrison, à Elvis Costello et Bruce Springsteen. Malgré cette carte de visite prestigieuse il appartient à la caste des rockers maudits, ceux-là même qui, touchés par la grâce, ne trouvent pourtant pas leur place au sommet des charts. Allez comprendre ! En 1980 il sort « The Up Escalator » et « Another Grey Area », en 1982 deux excellents LP. En revanche « The Real Macaw » (1983) et « Steady Nerves » (1985) révèlent un infléchissement sensible de la qualité des créations de Parker. Mais en 1988 « The Mona Lisa’s Sister » sonne le rappel des meilleures intentions de notre guitariste londonien. La pêche est de retour avec des compos à exploser le brushing des demoiselles et des textes d’une portée toute dylanienne. Suivront « Human Soul » en 1989, « Struck By Lightning » en 1991, « Questions »  en 1992, « 12 Haunted Episodes » en 1995, et Acid Bubblegum en 1996. Chacun de ces LP ne déméritant pas mais Parker ne récoltera que des succès d’estime qui ne récompenseront jamais son talent.

C’est évidemment là où intervient notre Naulleau national qui s’érige -à juste titre - en défenseur du rocker mal aimé. Ah le bon Eric ! Passant soudain de l’emploi de fée carabosse à la blanche vêture du chevalier blanc ! Et il n’est pas mauvais le bougre ! Ca nous change de ses sempiternelles rosseries devant un aéropage d’abrutis hilares. Là, c’est du sérieux ! Du vrai amour ! Nul doute qu’il ne va pas ramasser un kopeck dans cette histoire, mais le grand vide télévisuel le nourrit déjà. Au fond « Parkeromane » est un roman sentimental ou Naulleau fait l’autopsie de sa passion avec minutie et tendresse. On découvre un pamphlétaire tout esbaudie par les vibrations émises par son Graham préféré. Sa passion tourne même au prosélytisme au point de le faire revenir au tableau noir du professeur qu’il fut en nous entrainant dans quelques explications de textes passionnantes et révélatrices des qualités d’auteur de Parker.

Ce livre est un régal à tous les points de vue. Il révèle à ceux qui l’ignoraient toute l’étendue de la palette de Graham Parker et il réhabilite un Naulleau qu’on avait confondu avec l’un de ces grands moulins que Don Quichotte avait pris pour de terribles chevaliers. Naulleau est bon quand il aime, il est con quand il déteste. Ce bouquin est une déclaration d’amour, ne vous en privez pas.

Eric abandonne le tube cathodique et reprend quelques classes de petits sixièmes pour leur enseigner la vraie littérature et les rudiments d’une authentique culture musicale. C’est là qu’est le vrai courage mon gars ! Et continue à écrire de bons bouquins comme celui là !

Archibald PLOOM

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