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DAY NUMBER 17 :

  23 avril 2016 / 23 août 1922 : En mon jour anniversaire, vous avez la migraine. Ecrire vous est interdit. Est-ce de mauvais augure pour moi ? La migraine accompagnée de l’impossibilité d’écrire sont deux signes négatifs qu’une amie écrivain, mon exacte contemporaine, connaît hélas aussi. Cela me rend paradoxalement votre état presque sympathique en cette date du 23 avril. De toute façon, vous n’êtes point femme à vous laisser abattre, vous transgressez la prescription médicale en copiant dans votre journal du 23 août une lettre signée SW. Je la reçois par rebond et la considère comme un cadeau d’anniversaire puisqu’elle parle de réconciliation. Sydney W. vous écrit : «  A mesure que passaient les heures, si peu nombreuses, si rapides, je sentais grandir ma profonde satisfaction d’avoir renoué avec vous, d’avoir ramassé les morceaux cassés et de m’être montré capable de les maintenir ensemble avec une certaine fermeté. J’espère que ce n’est pas de l’imagination. Cela me paraît très solide, comme ce que l’on a réellement gagné et mérité. C’est un vrai pas en avant dans cet horrible pèlerinage auquel nous participons tous. J’aurais fort bien pu partir avec le sentiment d’avoir simplement remué les cendres ; j’y étais tout à fait préparé, je réservais mon opinion. Mais bien au contraire ! Je me sens enrichi et bien vivant, enchanté de savoir que vous êtes là et que vous êtes vous, et sans me préoccuper le moins du monde que vous puissiez me considérer comme un parfait imbécile. »  Ces mots témoignent de la véritable  amitié et de la grandeur d’âme qu’elle suppose. Vous avez eu raison Virginia d’inclure cette lettre dans votre journal. C’est une pépite brillante sortie des braises des relations humaines. Vous qui vous sentez si souvent « écorchée de partout » dans la société des hommes ou « sans ressort ni mordant » lors des jeudis de Hampstead, vous pouvez poser votre ami Sydney comme un contrepoint apaisant. Sa lettre ne minimise pas les difficultés d’une réconciliation, son possible échec, la prise de risque qu’elle suppose et en même temps, la vie qu’elle fait ressurgir soudain dans cet « horrible pèlerinage auquel nous participons tous. » Je suis ravie de constater que mon 23 avril portera cet espoir de réconciliation, quelle qu’elle soit, avec qui que cela soit. Je place symboliquement mon cap des 50 ans sous le sceau de ce renouement qui enrichit et maintient vivant. Cela passe sans doute par une acceptation de la vie passée, des êtres tels qu’ils ont été, quitte à être, moi aussi, une parfaite imbécile pour accepter cette évidence et mes erreurs de jugement. Je ne peux réécrire l’histoire, juste me réconcilier, pas à pas, avec elle. J’ai la sensation que vous m’offrez Virginia une petite leçon de sagesse qu’il va falloir que je laisse infuser encore pendant quelques années. Pour que cette infusion soit plus rapide, je ne vais tout de même pas boire de la tisane, ni même une tasse de thé en ce 23 avril. Je vais me servir une coupe de champagne et trinquer à votre santé. Je suis certaine que ce breuvage est un remède efficace contre la migraine. Avez-vous déjà testé ? Il faudra que je le conseille aussi à mon amie. Il est hors de question que ces maux de tête entravent trop longtemps vos plumes respectives car je serai alors une lectrice frustrée et démunie. Je vous accorde encore quelques heures de repos et j’espère vous retrouver dans quelques pages en meilleur état. Je file ouvrir mes cadeaux car j’ai des amis qui ont joué au Père Noël. Ils ont rivalisé d’inventivité pour que mon demi-siècle laisse de joyeuses traces. Beaucoup de Sydney survivent à mes côtés comme autant d’inestimables points d’appui. A un siècle de distance, l’amitié demeure un trésor. Et hop, je plonge la main dans un grand sac à paquets et puise au coeur de leurs surprises. 

Marcelline ROUX

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