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LINGUISTIQUE DES MEDIAS par Denis PARENT :

Je ne me lasse pas, tel un laboratin maniaque, de traquer les poésies linguistiques spontanément issues du monde des média. Ces derniers mois j’ai vu apparaitre avec joie de ces synonymes improbables, demi-frères boiteux de leurs augustes ainés, qui soulagent les phrases. En foot on ne dit plus le ballon, mais « le cuir ». En rock on ne parle plus de « groupes » mais de « combos ». Avec « le printemps des révolutions » qui cet année a commencé en janvier- ce doit être les effets du réchauffement de la planète- on nous parle très doctement de « la rue arabe ». Perso j’ai traduit par « l’opinion publique dans les pays arabes » qui est, j’en conviens, bien moins imagé. Mais je m’interroge : n’y aurait-il pas derrière tout ça un de ces racismes sous-jacents, racisme malgré nous, engendré par un sur-moi totalitaire ? Vous savez combien les racismes sont sournois ces temps-ci.  Car parler de « la rue arabe » c’est laisser entendre que ces gens ne s’expriment que sur la voie publique. Juste bons à vociférer sur la chaussée, brandir des pancartes et brûler des drapeaux avant de s’enduire de biafine ? Est-ce à dire qu’ils se taisent à la maison ? Dans ce cas que voudrait dire « la maison arabe » ?  Un morne lieu de silence où chacun reste sur son quant-à-soi ? En quoi une rue se serait-elle transformée subitement en agora ? Une rue c’est passant, ça ne pense pas. Une rue arabe pas plus qu’une rue colombienne ou ouzbek. Et puis accoler un critère national à une situation topographique c’est joli certes, mais ça fait impasse. Ou alors c’est qu’on est entré dans le nationalisme GPS. Si l’on voulait évoquer cette communication instantanée qui fait du web un bouche à oreille de la révolte on ferait mieux d’utiliser l’expression ancienne de « téléphone arabe ». La rue arabe donc est attentivement écoutée par nos éminences diplomatico-journalistiques. C’est souvent une rue funèbre jonchée de morts par la grâce de mitrailleuses défendant une ancienne révolution. Hélas, quand la rue arabe râle, c’est souvent au sens premier.

Vincent EDIN (2011)

 

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