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A L'ECOLE DES COMPETENCES PAR Angelique DEL REY :

 Angélique Del Rey est philosophe . Elle travaille dans un centre de post-cure pour adolescents. Sa réflexion porte sur la notion d’évaluation des compétences dans différents systèmes d’éducation dont celui de notre pays. Pour l’auteur nous vivons dans un monde qui étouffe sous ses déchets, un monde où les ressources s’épuisent rapidement, où le chômage et la pollution sont endémiques, où les systèmes de surveillance des populations se multiplient. Pour elle la crise du système scolaire est finalement la conséquence de cet empilement de catastrophes et de régressions.
Désormais l’objet de l’éducation n’est plus d’éduquer mais plutôt de les préparer à entrer dans le monde du travail. C’est « l’employabilité » qui va triompher. Son objectif étant de faire de chacun un être « employable » capable de s’évaluer et d’agir dans une démarche fortement individualiste.
Pour Angélique Del Rey c’est à la fin des années 1980 que le ministère Allègre qui, alors même qu’il redéfinit le contenu des enseignements, met au premier plan la notion de compétences qui va totalement modifier le rapport à l’évaluation car désormais : l’élève sera « évalué pour mieux apprendre, et non apprendre pour être évalué. »
De son côté le Conseil de l’Europe affirmait dix ans plus tard : « Les compétences clés étaient essentielles dans une société fondée sur la connaissance et garantissaient davantage de souplesse de la main-d’œuvre. » La flexibilité devient le sésame du travailleur, elle lui permettra de s’adapter à l’évolution d’un monde « caractérisé par une plus grande interconnexion.»
Del Rey explique que la notion de compétences « est au croisement de trois processus dont aucun n’est éducatif en son essence : processus de mesures et d’évaluations des aptitudes (issu notamment de la recherche en psychologie cognitive ), processus économico-politique (modélisation de l’éducation comme marchandise ) , processus de gestion des ressources humaines qui a contaminé l’école dans les années 80 via la formation professionnelle et l’orientation scolaire. »
La notion de compétences introduit finalement l’éducation dans l’économie capitaliste, au même titre que le service du personnel est devenu direction des ressources humaines. Désormais on pense en « capital humain ». L’élève a fini par être intégré à l’équation. C’est finalement une séance de rattrapage pour le monde de l’éducation. Selon Del Rey cette stratégie conduit à décrocher l’individu du collectif . L’individu était vu jusqu’alors comme une fin dans le processus éducatif, désormais il est envisagé comme un moyen au service d’un système de production où l’on considère l’humain comme un capital, glissement sémantique qui souligne que l’éduqué est compris comme un investissement et qu’il subira donc les mêmes aléas que le capital.
L’école des compétences marquerait la fin du cycle humaniste commencé il y a plusieurs siècles. Le développement économique deviendrait la mesure universelle de l’homme. Pour que le citoyen devienne travailleur flexible il faut l’immerger dès l’enfance dans un univers éducatif où chaque compétence doit être liée à une utilité exploitable par le système de production. A ce titre la déclaration d’un président de la République, quant à l’intérêt de certaines œuvres littéraires en vue d’accéder à certains emplois, est tout à fait symptomatique de cette évolution. Peut-on un instant imaginer une telle déclaration d’un François Mitterrand ou d’un Charles de Gaulle ?
Le problème vient sans doute du fait que la notion de « compétences » est une pollution de l’école par le monde de l’entreprise. Pourtant le triomphe des « compétences » a lieu paradoxalement au moment où le chômage des 18-24 ans n’a jamais été aussi élevé (près du double du chiffre national). Etrange phénomène où la sémantique et les pratiques de l’entreprise viennent percuter celles de l’école sans effet particulièrement probant sur l’emploi. Et pour cause ! Il s’agit de deux univers qui ne sont guère solubles l’un dans l’autre.
Pour reprendre un thème cher à la philosophe Cynthia Fleury cette situation nous renvoie tous à la nécessité d’un véritable courage politique . Celui d’un contenu exigeant concernant les disciplines nécessaires à l’élaboration d’un véritable esprit critique de l’apprenant tout en prolongeant la démocratisation de l’école, particulièrement pour les plus modestes, combat qui reste évidemment lié à la recherche d’une plus grande justice sociale. En d’autres termes un vrai projet de société.
Archibald PLOOM

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