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DAY NUMBER 22 :

  Dimanche 29 mai 2016, mercredi 29 avril 1925 : Tom se libère de son métier à la banque pour entamer une nouvelle vie. Il s’est « fait humble, plus souple, plus humain. » Il a eu à coeur de se confier à Léonard et à vous, ce qui montre sa confiance amicale et cela vous émeut.  Il est touchant de partager ces changements de cap. Si la première impulsion va souvent de soi, le chemin est parfois plus sinueux que prévu. Peut-être se cache-t-il, dans ces ruptures, une réelle renaissance ou la certitude de n’avoir pas exploré une part de la réalité, abandonnée  par manque de courage ou par nécessité. Une de mes contemporaines vient, comme votre Tom, de se libérer d’un travail dans une assurance. Assurance, Banque, c’est du pareil au même. Elle est dans le même état que votre Tom : elle aborde cette étape en plongeant dans l’écriture. Vous seriez fière d’elle car  elle a déjà investi dans sa chambre à elle et pourra très vite se trouver quelques lieux de résidence : le bon tour sera alors joué. Il est vivifiant d’être témoin de ces bouleversements, de les accompagner en accueillant les pensées contradictoires de l’autre en train de bouger. Le changement de cap peut ne pas venir d’une impulsion personnelle mais être forcé. Cela permet néanmoins de voir sa vie sous un nouveau jour, comme le dit Tom. Ces redémarrages sont toujours décapants car ils remettent à flot des morceaux enfouis. Il est important alors de pouvoir raconter, comme le fait Tom, cette métamorphose entamée car le sentier n’est jamais tracé. Parler permet de certifier que la mise en route a débuté, que le premier pas en entraînera d’autres. Je reste fascinée par ces personnages de roman qui rompent brutalement, comme s’ils savaient tourner la page, et s’ouvrir soudainement à une autre histoire. Il me revient évidemment en mémoire l’héroïne de Villa Amalia, sidérée par l’image de son mari embrassant une autre femme et qui, malgré une brillante carrière de pianiste, va s’effacer complètement, changer d’identité, fermer ses comptes en banque, revendre appartement, pianos et meubles puis partir vivre dans une maison isolée sur une île italienne. Je pense aussi à Kamo No Chomei, partant dans une cabane de moine pour ne point peser sur les autres, lors de sa vieillesse. Je revois la femme de Celle-là de Catherine Weinzaepflen, qui part vers l’Est avec son sac à dos, après la mort d’un enfant. Je me remémore les images du film Elégie pour un phare  de Dominique Rivaz. Au décès de son père, cette femme part dans le désert polaire, en Russie du Nord, et s’installe au pied d’un phare éteint. Son gardien a dû lui aussi changer, bien malgré lui, de cap : le sable a gagné sur la mer et son métier est devenu inutile. Avec sa caméra et quelques mots, la réalisatrice déroule le temps du deuil. Des objets, des habitants, des ruines peu à peu ensevelies par le sable, disent la tristesse, par détours. Elle contemple ces vies telles des vaisseaux improbables échoués au bout du monde et qui tentent malgré tout de naviguer dans l’existence. Je vais finir par entendre le message que vous me glissez aujourd’hui, chère Virginia. Toutes ces lectures croisées ne peuvent pas être le fruit du hasard. Elles fermentent en moi depuis longtemps et le bouchon saute pour que je les rejoigne à ma façon. Je trouverai bien un phare, une cabane, une île, quelque part, pour arrimage à mon changement. J’ai déjà les amis pour recueillir mes atermoiements et mes engouements, le reste suivra. Je vous garde Virginia comme nécessaire aiguillon. J’aurais trop vite fait de m’assoupir dans un lit douillet et remettre à plus tard le départ. Il faut quand même une sacrée énergie pour secouer le passé.  Vous concluez votre page du jour en évoquant votre frustration de n’avoir pas lu encore de critiques sur la publication de votre dernier livre Le Commun des lecteurs.  Cet énervement vous paraît néanmoins superficiel et vous ajoutez : « sous mon agitation demeure une constante stabilité ». J’aime cette dernière remarque. Il est vrai que parfois, il faut savoir être comme la mer du Nord, remuée en sa surface par la tempête et calme en ses profondeurs.

Marcelline ROUX

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