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DAY NUMBER 26 :

Ma chère Virginia, après 25 jours de vie avec vous, je vous fais une petite infidélité. Je prends la tangente, pas très loin de vous, à dire vrai. Disons que je change de point de vue. Je passe du côté de chez Léonard. J’ai lu le petit livre des Belles Lettres dans lequel votre Léonard parle de sa vie. Il commence son autobiographie en ces termes. « Le passage sur terre me semble une expérience assez spéciale et finalement pas si désagréable du tout mais je suis tout de même sensible à cette idée du retour à la non-existence après ma mort, l’état dans lequel j’étais avant de naître. On ne peut rien y faire et je ne veux pas dire que l’idée de ma disparition prochaine me fait peur ou m’angoisse, mais qu’elle me met en colère. »  Cela a le mérite d’être dit tout de go ! Quelques pages plus loin, il raconte votre rencontre. Il a été visiblement fasciné par la beauté des soeurs Stephen. Il s’est peu à peu intégré au groupe de Bloomsbury, vous fréquentant de plus en plus, vous accompagnant aux spectacles et marchant avec vous sur les collines du Sussex. Il a attendu patiemment que vous vous décidiez à l’épouser. « Nous étions en train de discuter au salon lorsqu’elle m’a annoncé qu’elle m’aimait et souhaitait m’épouser. C’était un merveilleux après-midi ensoleillé et nous avons senti que nous devions sortir de Londres. Nous avons pris le train pour Maidenhead où j’ai loué un bateau pour remonter la rivière à la rame.» La rivière est donc présente dès le début de votre histoire. Derrière la sobriété de la description, je sens un Léonard amoureux, engagé, profond, presque indestructible. L’humour ne lui fait toutefois pas défaut comme le prouve la narration qu’il fait de votre mariage à Saint Pancras : cette cérémonie toute simple face au cimetière où la formule « aimer jusqu’à ce que la mort sépare » résonnait plus que de coutume. Il narre aussi comment votre soeur Vanessa a interrompu le discours du pasteur en posant une question saugrenue au sujet de son désir de changer le prénom de son fils. Il aime véritablement l’excentricité de votre famille. Il la savoure tout en gardant sa distance élégante, le légendaire flegme britannique. Il agira de même avec votre père qu’il admire et votre tante Anny. La légèreté sera toutefois de courte durée. Très vite, vous êtes atteinte de crises de « neurasthénie ». Il comprend mieux que les médecins ces accès dont vous êtes atteinte et qui mettent en danger votre santé. Son estime indéfectible pour votre talent d’écrivain et votre intelligence singulière et réjouissante, l’aidera à vous accompagner. Il cherche par lui-même à trouver des solutions contre ce mal et reste en état de vigilance car il sait que les médecins en savent bizarrement moins que lui qui vit avec vous. Ce brillant intellectuel, engagé politiquement et socialement a su faire passer le soin de votre vie avant sa carrière. Ce fait ne devait pas être banal à votre époque et ne l’est d’ailleurs toujours pas à la mienne.  Il n’aura certes pas pu empêcher votre suicide dans la rivière Ouse, mais qui l’aurait pu ? Cet ultime geste vous appartenait. Ce qui m’a troublée en confrontant la lecture de ces pages avec celles de votre journal, c’est que paradoxalement la légèreté demeure de votre côté. Vous avez su, au-delà de l’angoisse, sauvegarder le piquant, l’énergie, le feu. Je ne suis d’ailleurs pas souvent d’accord avec l’interprétation qu’il donne de vos pages. Je pense que l’angoisse a finalement gagné Léonard et qu’il n’a pu sortir de cette gangue. A vouloir vous protéger, il ne s’est pas sauvé et a perdu une part de lui, celle d’une relative insouciance en l’instant présent. La nécessaire patience a placé cet homme du  côté de l’observation plus que de la vie et il a vite accepté ce rôle, qui devait sans doute lui convenir. Nous lui devons beaucoup : de pouvoir vous lire encore et encore. Je comprends que jamais vous ne l’égratigniez dans votre journal, il a été votre ange gardien en plus d’un fidèle compagnon. Rappelons-nous donc qu’ « on ne pourrait aujourd’hui parler de Virginia Woolf si Léonard n’avait pas existé. Car elle n’aurait pas vécu assez longtemps pour écrire ses chefs-d’oeuvre. » Tout est ainsi résumé par Cécil Woolf. C’est peut-être cela réussir une vie de couple. Arrêtons de nous interroger sur vos relations intimes, celle-là emporte tout !

Archibald PLOOM

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