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DAY NUMBER 27 :

  Dimanche 17 juillet 2016 - Dimanche 25 juillet 1926 : Tandis que je décide de passer mon après-midi dominical en votre compagnie, confortablement installée dans un transat rouge, sous l’ombre des bouleaux du jardin, vous passez votre dimanche de juillet en compagnie de Thomas Hardy. C’est amusant de vous voir dans la situation de la lectrice impressionnée de rencontrer son grand auteur. Vous avez la fragilité et la timidité de tout admirateur. Cela me touche. Thomas Hardy semble, quant à lui, ancré dans son quotidien, comme au-delà de son oeuvre, amusé de voir comment un écrit sous forme de feuilleton, publié par la presse, s’est transformé en roman véritable, comment des poèmes éparpillés ont pu survivre. Il s’étonne aussi des difficultés et de la lenteur à écrire EM Forster, lui qui semble avoir travaillé dans une relative fluidité. Il n’est toutefois pas naïf et il sait ce qui se passe dans le monde littéraire. Il ne savoure pourtant ces débats. C’est un esprit alerte qui se plaît à décrire les personnes vivantes et proches plutôt qu’à discourir dans l’abstraction. Vous êtes gênée des compliments que vous ne parvenez pas à formuler comme bon vous semble. Vous comprenez que cet homme raisonnable et sincère accorde peu de prix à la reconnaissance pourtant méritée. Cet après-midi avec Thomas Hardy occupe trois pleines pages de votre journal, c’est dire que cela importe. Je sens néanmoins poindre la frustration. Votre narration très factuelle : le thé, le chien, la femme, le physique d’Hardy, tout cela cache mal ce quelque chose qui ne prend pas. Vous le savez. Les rencontres avec les artistes sont chargées d’émotion, pleines des pages lues et demeurent souvent, malgré la bonne volonté des protagonistes, à la surface de la vie. Il ne reste pas moins que nous rêvons tous de parler à vive voix avec notre auteur préféré. Qui sait, si aujourd’hui, je n’aurais pas aimé vous inviter à boire un thé glacé, vous montrer les couleurs des phlox, des roses trémières, vous emmener en promenade au bord de la Seine et vous parler de cet homme étrange qui vit toute l’année sous une tente ? Seule sa bicyclette, accrochée à un banc public, témoigne de sa présence. Je ne l’ai jamais croisé mais il m’intrigue. Je sais que vous auriez immédiatement commencé à écrire sur cette vie réduite au dénuement quand je m’en sens incapable. C’eût été plus simple de vous parler de tout cela que d’échanger sur vos livres. J’aurais été maladroite, lourde, empruntée. Vous auriez quitté mon jardin à la nuit tombante et je serais restée avec toutes mes questions d’écriture. Un soupçon de vie woolfienne aurait toutefois flotté entre les papillons et les chauves-souris. C’est sans doute cette part-là que vous avez préservée en quittant Thomas Hardy. J’avoue que, très égoïstement, je vous ai appelée de tous mes voeux en ce dimanche d’été 2016 car cette année d’actes terroristes, me laisse abattue et sans voix quand je sais qu’il faudrait redonner force à l’acte de vivre. Je me dis que vous avez traversé deux guerres, sans pouvoir survivre à la deuxième. Sans doute, auriez-vous eu plus de recul que j’en ai en ce moment, juste après le nouvel attentat qui a fauché enfants et gens à Nice. Qu’auriez-vous écrit dans votre journal en ce jour sanglant ? Vous savoir en compagnie de Thomas Hardy fut un réconfort. Quelque chose file entre nos doigts de ce monde que nous espérons. « La pensée et la poésie font rarement beaucoup de bruit » écrit le philosophe Jean-Luc Nancy qui invite plus que jamais à chercher du sens  au monde. Alors notre promenade à l’écluse, à défaut du phare, n’aurait pas été vaine, ma chère Virginia. Plus que jamais, votre journal tient lieu de balises en ces temps tempétueux.

Marcelline ROUX

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