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DAY NUMBER 31 :

12 Septembre 2016 – 12 Février 1927 : L’information la plus importante de votre 12 Février n’est pas que relisiez, pour corrections d’épreuves, « de bout en bout » La Promenade au phare, ni que Clive quitte Mary Hutchinson pour, soit-disant, écrire un livre, ni que vous trouviez Angus, votre collaborateur de la Hogarth Press, « peu enthousiaste », non, l’événement le plus important, depuis votre mariage, sic, c’est que vous vous soyez coupé les cheveux. La commodité de la coiffure suffisait à vous la rendre désirable. Le matin, vous éprouvez même un frisson de plaisir à vous brosser. Je ne sais d’ailleurs pas pourquoi on croit qu’il est plus sensuel de peigner des cheveux longs quand passer les mains dans des mèches courtes peut être enivrant et plus délicat que dans un chignon serré. C’est vrai, toutefois, que vous ne jouez guère à la coquette quand vous décrivez votre nouvelle tête : « Devant, rien n’est changé ; derrière on dirait un croupion de perdrix. Cela enlève aux soirées la moitié des appréhensions qu’elles éveillent en moi. » Virginia, versus Perdrix, qui l’aurait cru ? Il est étonnant que sur les photographies qui circulent de vous, vous ayez toujours les cheveux longs et attachés. Cela doit correspondre à l’image traditionnelle de la femme. Votre soeur Vanessa vous a pourtant portraiturée plusieurs fois avec les cheveux courts. D’ailleurs, dans le groupe de Bloomsbury, Carrington, comme Vita Sackville arboraient la coupe des années 30.  Il me plait que vous ayez osé chambouler votre coiffure pour libérer vos boucles et afficher votre croupion. J’interprète ce geste comme un geste d’émancipation, surtout que le premier coup de ciseaux fut porté par une de vos amies avant que le coiffeur ne complète le travail. Je vous imagine un soir discutant écriture et théâtre avec Béatrice Meinertzhagen, et hop, entre deux élans littéraires, vous lui demandez de tailler dans votre chevelure pour vous alléger et changer d’allure. Je suis bien heureuse d’avoir déposé sur l’étagère de ma bibliothèque une carte postale de vous après cet épisode. Peu d’hommes, encore aujourd’hui, miseraient spontanément sur le plaisir d’être avec une femme aux cheveux courts. Évidemment, vous plaisez aussi aux femmes, mais je ne crois pas une seconde que la longueur de vos boucles soit proportionnelle à votre charme. Votre coupe a déclenché ma pseudo diatribe féministe, un peu ridicule, mais c’est si bon parfois, d’être comme vous,   à l’emporte-pièce, et de faire voleter peignes, brosse et ciseaux. Je ne parle même pas de voile. Ce doit être mon amour inconditionnel pour le désépaississeur. Tiens, dans une autre vie, je me ferai coiffeuse et j’accompagnerai les femmes qui veulent tailler leurs crins. Je glisserai Une Chambre à soi, quelques lettres de votre correspondance et Instants de vie  au milieu des magazines et le tout devrait enjouer mes clientes en leur ouvrant des horizons. Elles devront certes renoncer à danser pour Pina Bausch car dans la pièce Viktor que je viens de voir, pour ma plus grande joie, les femmes balancent leurs très longs cheveux roux, bruns, blonds dans une ronde saccadée. Leurs coups de tête font voltiger leurs crinières comme des claques lancées en l’air, pas vraiment d’ailleurs comme un signe de sensualité, plutôt comme la gifle d’une toison libérée. Pina nous rejoint donc à sa façon. L’important est de pouvoir jouer avec toutes ces postures et de laisser la fluidité s’emparer des têtes des femmes. Aucune règle, aucun diktat, n’a à imposer sa loi. C’est si bon de changer quand bon nous semble et de faire exploser clichés et préjugés. C’est sans doute une jolie façon de faire circuler un maximum de visages différents. Les hommes devraient se réjouir. Quel homme pourrait d’ailleurs affirmer, en toute bonne foi, que Jane Seberg ou que Marilyn Monroe n’étaient point des monstres de féminité ? Si l’on m’avait dit que je papoterais avec vous, Virginia, comme dans un salon de coiffure, je ne l’aurais point cru... 

Marcelline ROUX


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