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CHRISTINE ANGOT : LA LITTERATURE AU GROS INTESTIN OU LA FETE A HELENE :

     Il y a une soixantaine d'années, Julien Gracq publiait son célèbre pamphlet "La littérature à l'estomac" où il fustigeait le mercantilisme et la mondanité  en littérature. Il reçut le prix Goncourt en 1951 pour "Le Rivages des Syrtes" qu'il refusa évidemment, préférant ses convictions à son intérêt, ce qui de nos jours, ressemblerait à un suicide littéraire. Préférant son oeuvre à son public, Gracq dénonçait déjà le grand cirque médiatique, l'inextinguible besoin de nouveau et les prix littéraires. Toutes ces préoccupations paraissent désormais bien lointaines à un esprit du XXIe siècle, lointaines parce que les temps ont réalisé les pires craintes de Gracq ! Les marchands l'ont définitivement emporté sur les hommes de bonne volonté littéraire.

Tout écrivain sait bien qu'il vaut mieux passer à la télévision pour faire de grosses ventes ! Du moins, si l'écrivain ne se préoccupe pas de "sa surface médiatique", son éditeur fera tout pour qu'il soit vu, entendu, écouté.... Avantage à ceux qui présentent bien au détriment des mauvais à l'oral.

Je me disais en lisant le roman de Christine Angot " Les Petits" que l'on n’en était plus à la littérature à l'estomac mais plutôt à celle du gros intestin... tant on s'éloigne du travail littéraire au profit d'une posture journalistique qui fit les grandes heures de France Dimanche. Cette littérature qui n'en est pas, voudrait se faire passer pour... produisant finalement des œuvres médiatiques chroniquées par tous et pourtant destinées à ne rien laisser derrière elles qu'un parfum de scandale.

Que nous raconte Angot dans un style basant l'essentiel de sa prose sur la proposition indépendante ?

La banale histoire d'une rencontre amoureuse qui tourne bien - du moins au début - entre un musicien antillais (noir) et une métropolitaine ( blanche), Hélène. J'insiste sur les couleurs parce qu'Angot  semble y voir, en filigrane, l'une des raisons du drame qui va se jouer. Devenu entre-temps le compagnon de notre pythie nationale - je veux parler de la scriptrice Angot qui s'escrime à jouer la Duras des mauvaises années -   blanche elle aussi mais beaucoup plus compréhensive avec lui que la dénommée Hélène qui ne fait bientôt plus que des misères au père de ses enfants, l'infortuné musicien lui raconte par le menu toutes les crasses que lui fait endurer son ex avec laquelle il a eu le malheur de faire quelques gamins.

Hélène se mure dans son silence, il devient violent. Leur histoire d'amour finit au commissariat et comme des milliers de Français, ils vont engraisser les avocats dans une procédure de divorce dont les 5 enfants seront évidemment les otages. Triste chronique d'une famille en temps de paix qui s'organise une petite guerre privée qui la ruinera et affectera durablement la psychologie des enfants. Le roman ne serait rien d'autre qu'une contribution supplémentaire à la longue plainte des hommes et des femmes déçus par le couple qui serait à l'humanité ce que la démocratie est à la politique : décevant mais indépassable.

Rien de très nouveau donc sinon que dans le cas de ce roman,  Angot rassemble des faits qui ont beaucoup à voir avec sa propre histoire. Histoire personnelle à laquelle elle mêle son récit sentimental avec le bel Antillais qui après avoir tenté de se consoler avec une jeunette, va finalement choisir de s'installer chez notre écrivain qui rassemblera les minutes de ce drame sentimental.

De l'autofiction en somme ! Jusque-là rien à dire. Sauf que les enfants ont déjà été les héros involontaires du roman précédent d'Angot, sans que cette dernière prenne même la peine de modifier leur patronyme !  Désormais Angot, avertie du danger par son éditeur, a pris soin de maquiller les noms !  Mais son déchaînement contre Hélène, l'ancienne compagne de son nouveau compagnon, rebaptisée à l'antique pour la circonstance, ne trouve pas de bornes. Acharnement qui tourne à l'accablement, au point que le lecteur se dit que l'écrivain a raté son époque ! Notre petit commissaire du peuple à la plume courroucée aurait expédié la vilaine Hélène au goulag des bougresses sans hésitation. On ne pourra, pour le coup, lui reprocher une quelconque solidarité féminine.

C'est bien connu, l'amour rend aveugle... Mais tout de même ! Angot est-elle à ce point en mal d'inspiration pour consacrer deux romans successifs à la même affaire domestique ? Sa boussole littéraire est-elle si déréglée qu'elle ne sache plus faire la différence entre une autofiction et un dossier à charge ? La médiatisation de l'écrivain finit par dissoudre ce dernier dans la créature médiatique.... Et la créature médiatique a oublié ce que pouvait être la littérature.

En vérité Angot est faite pour le droit, à condition qu'il soit expéditif, le droit de thermidor en somme...

Que veut-elle démontrer ? Que les filles sont des vilaines ? Personnellement,  je le sais depuis la cour de récréation de mon enfance. Que les femmes prennent les enfants en otage dans les divorces ?  Ma foi quand un type finit par vous taper dessus, je peux l'admettre. Mais bon j'ai été élevé par une féministe qui expliquait à ses garçons qu'on ne lève pas la main sur les filles...

Je ne sais trop ce que vaut cette Hélène mais aucune femme, aucune mère, aucun enfant,  ne mérite d'être jeté de la sorte en pâture au public. Qui sommes nous pour juger de circonstances affectives qui nous sont rapportées uniquement par l'une des parties prenantes de ce divorce ? Le vrai drame d'Hélène n'est pas cette rupture affective mais le surgissement d'un Fouquier-Tinville en jupon dans sa vie privée.

Certains ont écrit que la littérature a tous les droits ! On peut en discuter, à condition qu'il s'agisse vraiment de littérature et non des minutes d'un procès à charge. Mais après tout, si la littérature a tous les droits, le lecteur aussi. Je ne lirai donc plus jamais un ouvrage d'Angot et en librairie je serai vraiment tenté de retourner  ses romans - réquisitoires ? - sur la pile.

Archibald PLOOM 

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