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ENTRETIEN AVEC Juliette MANCINI à propos de son album DE LA CHEVALERIE :

Juliette MANCINI a publié cette année "De la chevalerie" un album étonnant et atypique aux éditions Atrabile. 

Elle a accepté de nous parler des origines de cet album et des thèmes qui le parcourent. Cette dessinatrice montre un talent déjà affirmé et unique alors qu’il s’agit d’un premier album.

Marie SATOUR: Juliette, ‘De la chevalerie’ est votre premier album publié. Comment vous est venue l’idée d’écrire sur le Moyen-Âge et les relations de pouvoirs qui sont assez peu abordés en bande dessinée ? 

Juliette MANCINI: Le livre a commencé par quelques croquis de châteaux, de rois partant chasser, de femmes faisant de la broderie et petit à petit j'ai commencé à raconter les abus de pouvoir, la manipulation politique et l'oppression sociale. Les histoires de chevaliers qu'on nous raconte quand on est enfant font toujours référence à leur grande noblesse morale et leur héroïsme. J'avais plutôt envie de montrer les faiblesses, angoisses et passions humaines. 

MS: Quels sont les auteurs ou artistes qui vous ont influencée, ceux vers qui vous revenez toujours?

JM: Dans le désordre (et j'en oublie) : Chris Ware, Matisse, l'Oubapo,   Daniel Clowes, Marguerite Duras, Ruppert et Mulot, Valérie Mréjen, Tomi Ungerer… Ma lecture la plus marquante de l'année passée a été Ici de Richard McGuire.

MS: On trouve dans ‘De la chevalerie’, beaucoup d’humour, de satire et une critique de la société…

JM: Cette société médiévale archaïque et misogyne, c'est la nôtre évidemment – poussée à son paroxysme. J'ai envie que les gens lisent ma BD en riant jaune. Qu'elle leur donne du plaisir et les fasse réfléchir. Qu'ils y reviennent et perçoivent des choses différentes à la lecture suivante.

Pour l'instant les choses que j'ai envie de raconter sont celles qui me révoltent. Ça doit être l'ardeur de la jeunesse.

MS: Il y a dans votre album une représentation de la condition féminine, notamment leur présence discrète dans les arts ou la politique. On pense bien sûr à la dernière édition du festival d’Angoulême… 

JM: Disons qu'il y a des progrès à faire. 

MS: Le portrait que vous faites des hommes religieux et de pouvoir est assez terrible…

JM: Mais j'ai aussi de la tendresse pour eux. Aucun des personnages de ma BD n'est un monstre ni un saint. Le Roi traverse une crise existentielle; la Reine, qui rêve de s'émanciper, participe pourtant à l'oppression des classes "inférieures"; le curé, confident du Roi, est éduqué mais cupide.

Il y a un risque, dès qu'on accède à un semblant de pouvoir, d'en abuser –même inconsciemment. Et c'est ce que je voulais montrer.

MS: On pense en vous lisant à la tapisserie de Bayeux, cette ancêtre de la BD. Est-ce que cela a été une inspiration pour vous? 

JM: Oui et l'art médiéval en général. Mes premiers dessins pour ce livre étaient des croquis de châteaux d'après des vitraux dans un monastère. 

Je trouve que l'apparence naïve des peintures ou tapisseries médiévales accentue la violence de ce qui est représenté. C'est à la fois charmant et morbide. 

MS: La couverture est colorée et assez intrigante avec ces femmes qui chevauchent des cochons, comment vous est venue l’idée pour la couverture? Pourquoi ce choix du noir et blanc dans l’album? 

JM: L'idée de placer en couverture la Reine chevauchant un cochon est venue de mon éditeur. On voulait jouer le décalage entre le titre et l'image pour qu'on puisse sentir dès la couverture l'ironie du terme "chevalerie". Finalement le seul chevalier qu'on peut voir en couverture est caché dans un rabat.

Le noir et blanc est venu avec l'outil. J'avais envie de travailler les niveaux de gris, de passer du très clair au très foncé, de pouvoir faire du trait, de l'aplat ou des dégradés. Au cours de l'écriture, j'ai pensé amener de la couleur dans mes pages mais ça n'apportait rien, au contraire, ça rendait le propos moins grinçant. 

MS: J’ai apprécie les ‘interludes’ entre les récits, cela permet de faire une pause surprenante et bienvenue, pourquoi ce choix là? 

JM: Ces "interludes" sont en réalité les premières pages que j'ai écrites. 

J'ai même pensé à un moment en faire tout un livre. 

Ça a été la base de mon travail et ça m'a permis de construire cette société, d'établir les relations entre les différents personnages et de faire l'inventaire de leurs désirs et névroses. 

Au bout d'un certain nombre de pages, j'ai pu commencer à faire dialoguer mes personnages et développer les thématiques abordées (la guerre, la politique, les femmes…).

Je voulais raconter à la fois l'histoire collective (celle de la société dans son ensemble) et les histoires individuelles (celles de la famille royale, des paysans, du bouffon…), et montrer comme l'une influence les autres.

Ensuite j'ai eu un gros travail de montage pour revoir l'ordre des pages et trouver un rythme de lecture satisfaisant. 

MS: Vous collaborez également sur le trimestriel « Bien, monsieur ». Avez vous d’autres projets en préparation? Quels sont les thèmes qui vous inspirent?

JM: Je travaille sur un album qui va parler de politique et de médias (il y a de quoi dire en ce moment). J'ai aussi un projet de livre pour enfants avec beaucoup de couleurs, pour changer un peu.

Et puis je dirige avec Elsa Abderhamani la revue « Bien, monsieur ». Le #5 est sorti  mi- octobre. On y parle de la montée des eaux, de sexisme, de différents moyens de réduire son interlocuteur au silence et des pressions sociales.

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