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MANIFESTE NOIR AZUR POUR UN POLAR PACIFIQUE ! :

   La définition du roman « noir azur » pourrait se cantonner à l’idée d’un roman noir qui n’en serait pas vraiment un mais plutôt une nuance : un roman « bleu nuit ». Cela suffirait à le distinguer du roman noir tel qu’attendu. Pourtant cette terminologie va plus loin dans le distinguo. Le roman « noir azur » se veut une spécificité de « l’insularité pacifique ».

  Cela ressemble à un slogan. Et dans le fond s’en est un. Il est le creuset des altérités de ces iles disséminées dans les camaïeux de bleus de l’océan pacifique, auxquelles n’échappe pas la littérature. La littérature issue d’une « géographie », s’ancre, dans une humanité et un tissu social construits par l’histoire d’une terre, dans une approche du monde du point de vue de celui qui vit ce lieu et ses vérités. Dès lors elle devient source de partage des différences.

Le roman noir azur s’inscrit dans cette démarche. Il a pour vocation de transmettre un ressenti propre aux iles du pacifique à travers une forme littéraire connue et commune au reste du monde.

Le roman noir azur n’est pas seulement un roman policier qui se passe sous les tropiques il est surtout l’expression d’une réalité de la vie de cette région du monde.

A vrai dire l’inventeur du roman « noir azur » c’est Simenon. Dans les trois romans qu’il a écrit après son séjour à Tahiti il en donne  les bases : l’intrigue laisse une belle place à la perception d’une autre vérité de la vie, celle propre à l’insularité.  La trame est tissée par la réalité des différences et non par une simple logique d’enquête. Les personnages ont un fonctionnement dont les ressorts prennent les nuances dues aux particularités culturelles et historiques des lieux.

Du coup cette approche narrative devient fondamentalement en alternative littéraire susceptible de ressourcer le genre.

Il ne suffit donc pas que le roman noir s’inscrive dans un cadre insulaire tropical pour qu’il devienne noir azur. Il doit  s’imprègner de l’essence de la vie et des pulsations des forces naturelles en présence dans cette partie du monde. On doit y entendre les bruits de l’océan et les silences des lagons, y voir les couleurs qui chatoient et l’immensité des petites choses, la fragilité et la tendresse comme la puissance et la violence contenues.      

Pour autant le  polar « noir azur » doit encore trouver sa place dans la grande famille des polars. Tout comme la grande majorité des courants littéraires ultras marins et en particulier ceux du Pacifique.

On ne peut s’empêcher, quand on vit dans les îles,  d’avoir   le sentiment que la littérature tourne autour d’un nombril continental et que le  Pacifique peine à se faire entendre. Pourtant ce ne sont pas les auteurs de talents qui font défaut. Je n’en citerai que quelques uns, la liste est longue, Patricia Grace, (certainement « Nobélisable » ),  « Des petits trous dans le silence » ou encore « Electrique cité » Flora Devatine « Tergiversations et rêveries de l’écriture orale »  , Chantal Spitz, « Cartes postales »,  Kurtovitch, « Dans le ciel splendide » Nathalie Salmon « Je suis née morte » ,   Ihimaera Witi  avec « Bulibasha le roi des gitans » Vaite Celestine et Theureau Henri « Frangipanier » et «  L’abre à pain »   Gorode Déwé « Tâdo tâdo Wéé » ou « No more Baby », Broterson Moetai « Le Roi absent »  ou encore Soaba Rusel avec « Maiba » premier roman de Papouasie Nouvelle Guinée à être traduit en français et qui vient de paraître aux éditions « Au vent des iles » . Bien entendu cette liste est loin d’être exhaustive.

Cette partie du monde,  est un creuset de tendances littéraires où l’écriture est immergée dans l'oralité et donne ainsi naissance à une entité  aussi puissante que la fusion de la musique et des mots. La littérature du Pacifique est un chant qui porte loin la voix des anciens pour ouvrir des voies à des lendemains littéraires renouvelés.  Le continent lui  prêtera-t-il une oreille attentive ?  

Patrice GUIRAO

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