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DAY NUMBER 33 :

   Virginia insoumise, pouvais-je en douter ? Ce que j’ignorais toutefois c’est qu’une metteuse en scène, Isabelle Lafon, inventerait un marathon théâtral pour vous placer, vous Virginia, au coeur d’un trio formé par Anna Akhmatova et Monique Wittig. Je ne pouvais évidemment pas manquer cette performance et me suis inscrite un dimanche d’octobre au théâtre de La Colline pour vivre un après-midi en compagnie de trois insoumises. Dans ce spectacle, ces trois femmes se révèlent par le biais de l’enfance, de la politique, de la création ou de l’intime et résonnent entre elles sans le savoir. Sans doute, est-ce là un des ressorts intéressants pour le spectateur : passer d’un univers à l’autre, en mesurant les ruptures tout en ressentant les forces et les résistances communes. Jamais ces trois femmes n’auraient pu imaginer, sans l’art d’Isabelle Lafon, se retrouver ensemble sur scène. En vérité, elles ne se rencontrent pas vraiment, elles passent  l’une après l’autre devant nos yeux lors de pièces autonomes. Je me demande d’ailleurs si on ne perd pas en émotion à ne voir qu’une partie du triptyque. En effet, c’est la tension entre ces univers qui nous atteint. La première pièce met sous la lampe Anna Akhmatova à partir des notes de Lydia Tchoukovskaïa. Tout se passe sur une table pleine de livres. Deux comédiennes s’éclairent avec des lampes de poche. L’idée n’est pas de reconstruire artificiellement le dénuement des logements collectifs russes dans lesquels Akhmatova n’avait que rarement « une chambre à soi » mais d’épurer l’espace scénique pour donner à sentir la fragilité de la parole, du dialogue entre deux femmes brinqueballées  dans un régime totalitaire qui les dépasse. Isabelle Lafon joue aussi. Sa présence impose aux autres comédiennes une légère improvisation comme s’il fallait ne rien figer dans ces vies de femmes, tant elles ont dû à chaque fois s’adapter, chercher au-delà du déjà pensé, du déjà formulé, du déjà vécu. Votre partition arrive donc entre les deux autres. Vous êtes, Virginia, comme un trait d’union improbable entre Anna Akhmatova, la femme surveillée, traquée, engagée et Monique Wittig qui lance son Opoponax avec la violence et l’humour de l’enfance. Finir par ce texte déclamé fut une réussite. Il sonne comme un langage objectif pur qui dit une ribambelle de petites filles de la cour d’école aux études supérieures. Tout claque en vérité et brouille en même temps nos repères pour nous mettre de plain-pied comme de plaint-chant dans les lamentations et la sauvagerie du monde. La metteuse en scène et comédienne est alors a cappella, juste parfois un joueur de batterie prend le relais et accentue la performance vocale de cette récitation rythmée. Cet Opoponax est le dernier cri monodique poussé du marathon. En quittant le théâtre, je me sentais une toute petite apprentie à l’école de l’insoumission. Je comprenais que vous ne formiez pas à vous trois, une famille cohérente ni même une lignée mais à la façon de satellites, vous pouviez continuer à tournoyer et à lancer des rayons en ces temps menacés par l’obscurantisme. Isabelle Lafon n’a pas souhaité, me semble-t-il, briller avec de surprenantes  trouvailles de mise en scène mais plutôt travailler à un découpage intelligent dans les textes. J’avoue avoir été touchée de voir qu’elle avait choisi dans votre journal beaucoup des passages qui font mes jours avec vous. Notamment, elle a gardé l’épisode de votre coupe de cheveux, de votre attente angoissée de Léonard à la gare de Lewes et des moments avec la Hogarth Press. J’étais immédiatement en familiarité et heureuse de savoir que cette femme, ma contemporaine, avait tout comme moi, vécu pendant des jours en votre compagnie. Ce sont autant de veilleuses qui continuent de brûler dans l’aujourd’hui, qu’elle a su rallumer.

 Marcelline ROUX


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